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COMMENTAIRES SUR LE RAPPORT COMETA : « LES OVNI ET LA DÉFENSE » . 24 octobre, 2008

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Commentaires sur le rapport, rédigé par les membres de l’association COMETA, présidée par le général Letty 

Par André-Jacques Holbecq, ancien pilote « Concorde » 

Pour lire ces lignes, il vous faut d’abord avoir pris connaissance de ce rapport. Si vous ne l’avez pas fait, vous pouvez vous le procurer chez Presse-Communication, 79-83, rue Baudin, 92309 Levallois Perret. Téléphone : 01 55 21 00 50. Vente et réassort, tél : 01 42 56 12 26.

Nous ne pouvions évidemment reproduire ce rapport dans le site, pour des questions de droits (NDLR : rapport intégral dans le post suivant). Néanmoins, si vous ne l’avez pas lu, cliquez sur ce lien pour avoir accès à un résumé de ce rapport, qui contient par ailleurs quelques débuts de commentaires, susceptibles de vous aider dans une visite guidée du texte original.

cometadossier.gifUn rapport a donc été déposé sur les tables du Président de la République et du Premier Ministre. Les positions prônées dans ce texte sont simplement vertigineuses. Regroupés au sein d’une association loi de 1901 : COMETA, des militaires de haut rang, l’ancien Président du CNES ainsi que nombre d’anciens hauts responsables de différents services, dont l’Institut des hautes Études de la Défense nationale, cautionnent un texte dont les conclusions sont :

- Les ovnis existent. Ce sont des machines volantes aux performances stupéfiantes.

- Un certain nombre de leurs secrets ont été percé : mode de propulsion intra-atmosphérique, grâce à la « MHD » , systèmes pour paralyser à distance les témoins, pour stopper à distance les moteurs d’automobile.

- Nous pensons que l’explication la plus probable est que ces engins viennent d’une planète autre que la Terre.

- Nous sommes convaincus que les Américains détiennent, non des présomptions de ces points, mais des preuves absolues : des épaves, des corps et qu’ils ont mis en œuvre de longue date des technologies révolutionnaires, directement dérivées des connaissances qu’ils ont pu extraire de l’étude de ces carcasses et de l’ensemble du dossier, ce qui leur confère a priori une supériorité militaire et politique écrasante à l’échelle de la planète. A ce sujet ils mènent, depuis la fin des années quarante, une politique très active de désinformation. Nous n’excluons pas que ce pays ait noué des contacts avec une ou plusieurs des ethnies nous visitant. Nous souhaiterions que les autres pays se regroupent et fassent pressions sur les USA afin que ce pays accepte de nous communiquer les secrets auxquels il a eu accès, soit à travers ses propres études, soit à travers d’éventuels contacts.

Imaginez la réaction d’un responsable politique de l’État français, au plus haut niveau:

- Général, avez vous des éléments à l’appui de ce que vous avancez ?

Il est impensable que les auteurs de la plaquette COMETA puissent effectuer une telle démarche sans être en mesure de fournir des arguments extrêmement solides et convaincants, sous peine de sombrer dans le ridicule le plus complet. Ces éléments, vous ne les trouverez évidemment pas dans la plaquette diffusée par VSD à l’attention du grand public, simplement parce que la plupart relèvent du secret militaire, de la défense nationale. Mais on peut les imaginer.

Il y a, bien sûr, les conclusions des observations d’ovnis, dont le noyau dur est constitué par les 500 cas où les témoins sont des pilotes militaires et civils, et où, dans vingt pour cent des cas, les observations visuelles ont été doublées par l’enregistrement d’une « piste radar » .

Mais on peut en imaginer d’autres. Le cas de Trans-en-Provence ayant permis de mettre en évidence les traces biologiques, originales, importantes et durables, laissées par un ovni après son contact avec le sol, on peut imaginer que les laboratoires de l’ETCA (Établissement Technique central de l’Armement) aient systématisé ces analyses et que des nombreux cas aient permis de confirmer ces traces, qu’aucun effecteur naturel ne saurait produire. On peut imaginer que le phénomène ait pu être reproduit, en bombardant des luzernes témoins par des faisceaux de micro-ondes pulsées, comme suggéré dès 1981 par Michel Bounias, biologiste et par le Physicien du CNRS Jean-Pierre Petit.

On peut imaginer, toujours à l’aide de tels « systèmes à énergie dirigée » , directement inspirés de la « Guerre des Étoiles » , où leur finalité est de perturber à distance des ogives nucléaires ou des missiles de croisière en approche, que ces mêmes systèmes aient permis de reconstituer un autre grand classique des observations d’ovnis : le calage des moteurs d’automobile.

Dans la même veine, il est aussi possible que les militaires français, qui précisent que de tels gadgets sont à l’étude dans des laboratoires américains (cités dans le rapport COMETA) aient pu mettre en évidence, toujours à l’aide de ces faisceaux d’ondes électromagnétiques, la production d’un état de paralysie chez un animal, à distance, voire sur un être humain, autre grand classique du dossier ovni.

En 1975 Jean-Pierre Petit, Directeur de recherche au CNRS, dont il sera plus question plus loin, avait publié une note aux Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Paris, où il avait donné le principe de ce qu’il avait appelé un « aérodyne MHD » , sustenté et propulsé par des forces électromagnétiques. En 1976 il avait, à l’aide de simulations hydrauliques réussies, montré qu’un tel système pourrait permettre d’envisager de déplacer une machine volante en air dense, à vitesse supersonique, sans création d’onde de choc, donc dans le silence le plus absolu (autre grand classique des observations d’ovnis). A la fin des années quatre-vingt il avait, avec son étudiant Bertrand Lebrun, calculé une expérience destinée à démontrer, en soufflerie à rafale, le bien fondé de sa théorie, travail qui fit l’objet :

- D’une thèse de doctorat, soutenue au département de mécanique des fluides de Poitiers (celle de Bertrand Lebrun)

- De publications scientifiques dans des revues scientifiques de haut niveau, à comité de lecture.

- De communications dans des grands congrès internationaux de MHD (Moscou, 1983, Tsukuba, Japon, 1987, Pékin, 1991).

On peut imaginer que l’organisme de recherche militaire, la DRET ( Direction des recherches et Études techniques), s’inspirant des travaux qui avaient été initiés à la fin des années quatre-vingt, sous contrat MRT (Ministère de la Recherche et de la Technologie), dans un laboratoire de l’université de Rouen, celui du professeur Valentin, ait poursuivi en secret ces recherches (comme le suggère le témoignage d’un haut responsable du CNRS, celui du professeur Le Quéau, reproduit, preuves à l’appui, dans un des ouvrages publiés par Jean-Pierre Petit : « Les Enfants du Diable » , page 264) dans ses laboratoires, sous couvert du secret militaire. On peut imaginer que ces ingénieurs militaires aient, avec des moyens beaucoup plus importants que ceux dont disposaient les civils, mené l’expérience à son terme et soient en mesure de produire des clichés démontrant la faisabilité de l’annihilation des ondes de choc autour d’une maquette immergée dans un courant gazeux supersonique.

Tout ceci constituant des éléments à l’appui du dossier diffusé par VSD et dont on ne saurait imaginer une seule seconde qu’ils soient portés à la connaissance du public, ni même des scientifiques civils, étant donné les implications dans le domaine de la défense nationale.

Le rapport de l’association COMETA recommande plusieurs choses.

- C’est d’abord, de toute évidence, une action de sensibilisation visant le plus large public. Dans une certaine mesure c’est également une expérience sociologique, destinée à évaluer les réactions de ce même public face à de telles révélations et prises de position.

- Le rapport recommande ensuite qu’un travail d’information et de formation soit effectué, touchant toutes les personnes des services publics potentiellement concernées par le problème OVNI, de même que les pilotes civils et militaires.

- En dénonçant l’attitude extrêmement négative et passive des scientifiques ainsi que la désinformation pratiquée par la presse et les campagnes de dénigrement que celle-ci mène, l’association requiert l’appui du gouvernement pour que ce sujet sorte de son ghetto et soit la source d’études sérieuses, dans le sein de la communauté scientifique.

- Enfin l’association souhaite le renforcement des moyens mis à la disposition du service créé au sein du CNES en 1977, initialement le GEPAN (Groupe d’Études des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés), devenu plus tard le SEPRA (Service d’Expertise des Phénomènes de Rentrée Atmosphériques) actuellement dirigé par l’ingénieur Jean-Jacques Vélasco. Il souhaite également qu’un lien soit établi entre ce service et les plus hautes instances de l’État.

Quelles pourraient être les conséquences d’une telle démarche ? (on imagine difficilement que l’on puisse aller plus loin dans ce sens).

- Une décision gouvernementale, passant par un renforcement du SEPRA en personnel et en moyens.

- Une approbation de la position adoptée par les membres de l’association COMETA.

- Une déclaration de principe incitant les milieux de la recherche à accepter de se pencher sur le dossier OVNI.

Nous attendons cette réaction. Si celle-ci ne se produit pas, la démarche du groupe COMETA perdrait tout son sens, et le groupe sa crédibilité.

Que s’est-il passé en France, entre 1975 et 1999, pour expliquer un tel revirement, un tel virage (ce dossier VSD est le second qui ait été publié. Il est peu probable les gens de COMETA s’en tiennent là dans les années à venir. Il s’agit de toute évidence d’une campagne de sensibilisation, axée vers des buts que nous devons tenter de cerner ).

Au milieu des années soixante quinze, le sujet ovni est amplement discrédité, tant en France qu’à l’étranger. Seule la presse à sensation en tire épisodiquement quelques profits. Sur le plan éditorial, les livres sont signés par des « ufologues » . La communauté scientifique manifeste une réaction de rejet, dans son immense majorité. Seuls les militaires et les services secrets, étant données les informations qu’ils détiennent, sont conscients qu’il y a quelque chose de réellement sérieux là-dessous, sans savoir exactement quoi, mais dans leurs cénacles, c’est l’expectative et la perplexité.

Le professeur Evry Schatzman mène une campagne de discrédit extrêmement offensive dans le cadre d’une association qu’il préside : l’Union Rationaliste. De conférence en conférence il propage son credo : si certaines avancées de la biologie moderne laissent à penser que l’émergence d’une vie organisée, sur d’autres planètes, ne serait pas aussi improbable que l’on ne l’avait cru (à la suite de la détection d’un nombre impressionnant de biomolécules, à la dérive dans des nuages moléculaires interstellaires) les lois de la Relativité Restreinte lui semblent exclure, sans appel, toute possibilité d’incursions de voyageurs ayant couvert d’aussi grandes distances. Et de conclure ses conférences par :

- Nous aimerions bien, évidemment, que des contacts avec des habitants d’autres planètes que la nôtre puissent être un jour établis. Hélas ceci restera à jamais impossible, à cause des contraintes imposées par la Relativité Restreinte, dont les confirmations expérimentales et d’observations sont innombrables et selon laquelle la vitesse de la lumière ne saurait être dépassée.

Un autre argument invoqué par l’académicien concerne les « inepties colportées par les témoins » : observations d’engins croisant à des vitesses qui devraient être supersonique, mais sans Bang, sans création d’onde de choc. Comme « c’est physiquement impossible » , ce simple point démontre, selon lui, que les témoignages ne sont que des délires hallucinatoires, des mauvaises interprétations de phénomènes naturels ou des mystifications organisées.

La situation semble sérieusement bloquée. Mais, en 1975 un chercheur au CNRS, Jean-Pierre Petit, alors en poste à l’Observatoire de Marseille, publie une note aux Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Paris où il présente les grandes lignes d’un nouveau type de machine volante, s’appuyant sur l’air ambiant à l’aide de forces électromagnétiques, qu’il baptise Aérodyne Magnétohydrodynamique.

Antérieurement, nombre de thèses ont été avancées, émanant de farfelus en tous genres, vite réfutées. Mais Petit est l’exception qui confirme la règle. D’abord, il n’est pas un astronome de formation. Il est issu de l’École Supérieure de l’Aéronautique de Paris, a ensuite travaillé pendant sept ans à l’Institut de Mécanique des Fluides de Marseille, sur des projets de MHD. La préoccupation des bailleurs de fond de cet institut, à l’époque où celui-ci menait ce type d’activités, n’était pas la propulsion MHD, dont les principes étaient d’ailleurs connus de longue date (l’idée initiale étant à due… à l’anglais Michael Faraday!). Dans ces années soixante le Commissariat à l’Énergie Atomique, l’Institut Français du Pétrole, la Compagnie Générale d’Électricité sont intéressés par des « générateurs MHD » à fort rendement (soixante pour cent, théoriquement, contre les quarante disponibles dans les centrales thermiques). Beaucoup de pays sont impliqués dans ce type de recherche : les USA, l’URSS, l’Angleterre, l’Italie. Mais les problèmes techniques sont considérables. Ces convertisseurs ne peuvent fonctionner qu’en utilisant l’énergie de gaz à très forte température : trois mille degrés, celle d’un filament de lampe à incandescence. Aucun générateur MHD ne serait concevable, dont les matériaux pourraient résister à de telles températures. Mais une solution a été proposée conjointement par les Américains et les Soviétiques, consistant à faire travailler un gaz avec deux températures. Ceci peut paraître surréaliste, mais c’est ce qui se passe dans le premier tube au néon venu. Le gaz du tube reste froid, tandis que « le gaz d’électrons » est porté à plusieurs milliers de degrés. Au moment où Petit prend contact avec ces recherches de MHD l’Institut de Mécanique des Fluides de Marseille bénéficie d’un contrat civil, émanant le la DGRST (Délégation Générale Scientifique et Technique), où un tel type de générateur doit être conçu et étudié. Mais, dans le même temps, un pronostic sombre surgit. Un chercheur soviétique, Vélikhov, découvre en 1964 une instabilité de plasma qui a pour effet de « feuilleter » totalement le gaz, et d’annihiler toutes ses propriétés de conductibilité électrique, donc de réduire les performances de tels générateurs à néant.

D’emblée, Petit comprend que des problèmes de physique nouveaux ne peuvent être abordés qu’après une préparation théorique sérieuse. Il imagine donc une astuce qui est censée permettre de faire disparaître, comme d’un coup de baguette magique, l’instabilité de Vélikhov. L’expérience marche au premier essai et le générateur de Petit, dont la tuyère MHD est à peine de la taille d’une canette de bière, produit plusieurs mégawatts, pendant le temps de fonctionnement très bref de sa « soufflerie à rafale » , dite « tube à choc » . C’est une première mondiale, présentée en 1967 au congrès International de MHD de Varsovie : alors que le gaz est à six mille degrés, le « gaz d’électrons » a été porté à une température de dix mille.

Il se produit alors une conjonction de phénomènes humains que l’on pourrait qualifier de « turbulents » . Le directeur de son laboratoire tente une mainmise assez brutale sur cette invention (il est aujourd’hui décédé). Les bailleurs de fonds n’en comprennent pas la portée, la MHD s’étant heurtée, selon les termes mêmes de Ricateau, responsable MHD au CEA, « au mur des instabilités » est abandonnée progressivement dans tous les pays (à commencer par la France où le Président Georges Pompidou a décidé « qu’en matière de recherche fondamentale, la France allait marquer une pause » ).

Une autre expérience, permettant non plus de transformer l’énergie cinétique d’une rafale gazeuse en électricité, mais au contraire d’accélérer fortement un gaz ionisé, sous une pression d’un bar, en lui communiquant au contraire de l’énergie, passe également totalement inaperçue, y compris des militaires français. Pourtant des vitesses d’éjection de gaz de huit kilomètres par seconde ont été obtenues.

Un peu déçu par tout ce contexte, Petit décide d’abandonner la recherche expérimentale et de se reconvertir à l’astrophysique théorique. Avant de quitter l’IMFM, il prévient le responsable de contrats:

- Vous allez observer une baisse sensible de la qualité des résultats scientifiques dans les mois à venir.

- Pourquoi ?

-Parce que je m’en vais.

La MHD périclite alors rapidement à l’Institut de Mécanique des Fluides de Marseille. Pourtant ce travail original, consistant à avoir réussi à faire fonctionner un générateur MHD avec deux températures, profitera à un des anciens étudiants de Petit, lequel récupère ces résultats pour en faire sa thèse de doctorat, laquelle lui vaudra un prix scientifique international, distinction assortie d’une enveloppe substantielle. La lecture de cette thèse révèle le peu d’aisance du personnage dans ces problèmes d’instabilités de plasmas (qu’il passe purement et simplement sous silence), ce qui expliquait qu’il ne l’ait pas doublé d’une publication scientifique, comme il est d’usage dans ces cas-là. Sa créativité scientifique se tarira d’ailleurs instantanément, alors même que son excellente compréhension des mécanismes administratifs lui vaudront une carrière assez brillante au CNRS, dont il est devenu, principe de Peter oblige, un des responsables les plus en vue. Il n’est d’ailleurs pas exclu que cet homme, encore assez jeune, qui n’a pas son pareil pour accepter avec modestie et serviabilité des responsabilités de plus en plus importantes, finisse sa carrière comme Directeur Général du CNRS, voire Ministre de la Recherche.

Pendant plus de dix ans la MHD disparaît totalement, des laboratoires, des enseignements universitaires, et des préoccupations des militaires. L’échec de ce vaste effort international de MHD civile, axée sur la production d’énergie, a déteint sur l’ensemble de ce domaine. A part les Soviétiques, qui disposent d’idées tout à fait remarquables, dues à Andréi Sakharov (qui, non content d’être le « père » de la bombe H russe, doit être également considéré comme le fondateur de la MHD au-delà de l’Oural), aucun pays ne perçoit encore les applications militaires de la MHD. Parmi celles qui se dégageront ultérieurement : la mise au point de générateurs électriques orbitaux, délivrant des impulsions de très forte puissance, alimentés par des charges explosives, cousins germains du générateur « canette de bière » utilisé par Petit dès 1965 à l’IMFM, générateurs mis au point par Vélikhov, qui alimenteront les « canons à particules » soviétiques, découverts avec stupeur par les Américains au début des années soixante dix (voir les articles alarmistes de Robinson, rédacteur en chef de la revue Aviation Week and Space Technology, de cette même époque).

C’est alors qu’à l’observatoire de Marseille où il travaille Petit développe cet étrange modèle de machine volante. Avec des moyens primitifs, il monte, avec des moyens de fortune, dans une cave, des expériences d’hydraulique, en agissant sur de l’eau acidulée. Un film 16 mm est réalisé par son collègue Maurice Viton (témoin d’ovni, comme mentionné dans le dossier de VSD, page 74, sous la plume de l’astronome Jean-Claude Ribes), qui montre l’entraînement du fluide par les « forces de Laplace » autour d’une maquette cylindrique à l’aide de filets colorés (détail : la manip et le film ont été réalisés en 1976 dans la cuisine de Viton, à Aubagne). La turbulence de sillage se trouve au passage supprimée, ce qui est en soi un résultat original extrêmement intéressant. Poussant les choses plus loin, Petit monte une expérience où il parvient à faire disparaître la vague d’étrave devant un objet placé dans un courant d’eau (on sait que les vagues d’étrave et de poupe qui s’établissent au voisinage de la coque d’un navire sont les analogues fidèles des ondes de choc produites par un profil d’aile d’avion).

Interviews dans la presse. Le journaliste Jean-Claude Bourret demande à Petit une « annexe scientifique » de 80 pages grâce à laquelle il transforme son ouvrage « Le Nouveau Défi des Ovnis » en best seller. Schatzman est prodigieusement agacé par l’irruption intempestive de l’ovni dans le domaine scientifique. Imprudemment (alors qu’il a été président du jury de la thèse de Petit, soutenue à Marseille en 1972), il déclare publiquement que « cette machine de Petit ne saurait se sustenter, car elle produit elle-même son propre champ magnétique et son propre champ électrique : des théorèmes s’y opposent » . Celui-ci lui demande un droit de réponse qu’il exerce à la fin de 1976 aux assises de l’Union Rationaliste à Annecy. Et c’est la déroute totale du champion des « anti-ovnis » , confronté à une expérience montée par le chercheur et apportée sur place (voir « l’affaire du baron de Munchaüsen » , dans « Le Mystère des Ummites » , page 60, publié aux éditions Albin Michel).

La perplexité des militaires français se mue en curiosité très vive. L’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale émet le 20 juin 1977 un rapport où il se trouve nommément cité et qui se trouve reproduit dans son autre ouvrage « Enquête sur les OVNI » (Éditions Albin Michel) pages 183 à 187 (Ces pages téléchargeables en format pdf, 140 Ko. Avec l’autorisation de l’auteur). Citons le passage de ce rapport IHEDN, le concernant :

Recherche scientifique.

L’opinion, de certains milieux scientifiques que bien d’autres problèmes sont à étudier et que tout crédit consacré aux ovnis manquera pour des recherches plus urgentes, où l’on voit clairement l’aboutissement, est certes compréhensible. Il n’en demeure pas moins que l’étude sérieuse du phénomène pourrait être souhaitable et utile, dans la mesure où des retombées scientifiques et techniques de recherches faites à propos des OVNI (la magnétohydrodynamique de Jean-Pierre Petit, par exemple) peuvent s’avérer importantes pour un budget qui ne serait pas exorbitant.

Mais le chercheur Jean-Pierre Petit ne semble pas être un client très fiable pour les militaires. C’est un esprit original, foncièrement indépendant, que son ancien patron, à l’Institut de Mécanique des Fluides de Marseille, Jacques Valensi, avait vainement essayé de le mettre au pas, assez brutalement, d’ailleurs (voir « Enquête sur les OVNI » , pages 28 à 34). Depuis, il n’a plus « ni dieu, ni maître » , aucun de ses directeurs de recherche successifs n’ayant été capable de le suivre dans des recherches théoriques chaque année plus pointues. Enfin, le comble : il a fait partie, une unique année, mais une année de trop, du parti communiste français (juste après 1968 !). Il a gardé des liens avec Vélikhov et Golubev, pionniers de la MHD russe (Vélikhov deviendra plus tard vice-président de l’Académie des Sciences d’Union Soviétique et bras droit de Gorbatchev). Idéaliste, poète, aventurier, il est jugé incontrôlable et on décide de le manipuler. A cette fin le polytechnicien Gilbert Payan prend contact avec lui. A l’époque, cet homme à casquettes interchangeables, qui a l’art, en toutes circonstances, pour se présenter comme « l’homme de la situation » , est directeur des Études et Recherche à Creusot-Loire et président de la commission de mécanique de la « DGRST » (délégation générale à la recherche scientifique et technique, un service dépendant du Ministère de l’Industrie).

L’armée souhaite donc que soit créée une structure apte à collecter les données concernant les ovnis et à capter d’éventuelles retombées scientifiques (comme cette propulsion MHD, que Petit semble avoir sortie comme un lapin d’un chapeau). Le CNRS ayant décliné l’offre, c’est le CNES qui accepte la mission et le GEPAN (Groupe d’Étude des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) est créé en son sein, en 1977. Hubert Curien en est alors le directeur et Lebeau (auteur d’une préface dans la plaquette VSD) son président. On confie la direction de cette structure à l’ingénieur Claude Poher, qui a de longue date manifesté un intérêt très vif pour le dossier et a été interviewé plusieurs fois à la télévision.

En fait Poher sera aussi manipulé, à son insu. Il ignorera jusqu’à son éviction, deux ans plus tard, la véritable finalité de cette structure, qu’il croît diriger. C’est l’armée qui tire toutes les ficelles, dans l’ombre. Mais la tache est délicate : les ovnis, ça s’étudie comment ?

Solution : laisser les gens qui semblent avoir quelques idées tirer les marrons du feu, en les surveillant du coin de l’œil. Poher aura l’idée des réseaux couvre-objectifs, qu’il fait réaliser en 78 par la société Jobin et Yvon, spécialisée dans l’optique. Ces bonnettes équiperont rapidement les gendarmeries et grâce à elles on devrait pouvoir, en principe, obtenir une image spectrale d’ovni, en analysant la lumière émise à l’aide de ce système, qui transforme l’appareil de photo des gendarmes en spectrographe.

Dans le rapport COMETA, page 30 :

Des filtres de diffraction ont été mis en place dans les gendarmeries, pour permettre le recueil d’informations sur le spectre lumineux émis.

Ceci étant, alors que de nombreux gendarmes français, en 22 ans, ont été témoins d’apparitions d’ovni, aucun ne semble avoir réussi à tirer le portrait à une de ces machines. Je dis bien : « ne semble » …

Les relations entre Poher et Petit sont difficiles. Le premier ignore tout des mœurs en cours au CNRS. Démarchant intempestivement auprès du directeur du Laboratoire d’Astronomie Spatiale, Georges Courtès, mentionné pourtant par l’Astronome Jean-Claude Ribes comme témoin d’ovni, (voir le dossier VSD page 74 ), membre de l’Académie des Sciences de Paris (et oui, les académiciens aussi, voient des ovnis ! ), il provoque l’éjection de Petit et de son complice Maurice Viton (également cité par Ribes page 74 comme autre astronome ayant observé un ovni) d’un laboratoire clandestin installé dans les caves du LAS, en 1976, après avoir pris avis de la Direction Générale du CNRS.

- Pas de ça chez nous, vous comprenez ?

Soumis à de violentes pressions de la part de sa hiérarchie et du CNRS, Viton finira par abandonner toute recherche sur les ovnis, laissant Petit poursuivre sa route, seul.

Poher est alors remplacé par le polytechnicien Alain Esterle.

Comme il fallait fournir quelques moyens de recherche à Petit, Payan lui obtient un contrat d’étude d’une « pompe à vide MHD » , fourni par le ministère de l’industrie. Des subsides qui permettront un dégrossissage des problèmes de la MHD dans les gaz, toujours dans une cave, et se solderont par quelques publications scientifiques. En 79, ce pactole est épuisé. Petit contacte alors Esterle, en proposant ses idées de MHD. Il adresse au GEPAN un rapport de 200 pages, intitulé « perspectives en magnétohydrodynamique », contenant une masse d’idées « brutes » . Selon le témoignage de Gilbert Payan, le général R. , un polytechnicien, ingénieur militaire, qui a fait Supaéro avec Petit, au titre de son « école d’application » , entre à cette époque, enthousiaste, dans le bureau du général Carpentier, directeur de la DRET, en brandissant ce rapport et en disant :

- Maintenant que nous avons les idées de Petit, pourquoi nous embarrasser de lui ?

Mais Payan juge que l’affaire n’est pas mûre. Le CNES embauche alors un jeune chercheur, Bernard Zappoli, docteur ès sciences, mécanicien des fluides et élève de Petit, pour s’occuper, à Toulouse, de recherches de MHD

Confiant dans les compétences dont se réclame Zappoli (qui en fait n’a jamais effectué le moindre travail en MHD) Esterle passe contrat avec deux laboratoires de Toulouse, dépendant du CERT (Centre d’Étude et de Recherche technique), dont le DERMO (Département d’étude et de recherche sur les micro-ondes), dirigé à l’époque par le professeur Thourel, très lié avec l’armée, pour tenter de concrétiser une des idées trouvées dans le rapport fourni par Petit. Il s’agit de l’extension, dans un gaz froid, du thème de la suppression du sillage turbulent, réussie par Petit en 1976 dans des expériences d’hydraulique. Gilbert Payan patronne, dans l’ombre, ce nouveau projet.

Les idées de Petit ne sont pas « piégées » . C’est la MHD qui est une discipline déconcertante, pleine de chausse-trappes, et requiert des masses de connaissances annexes, de l’imagination, du talent. L’équipe toulousaine se plante lamentablement, dix ans après l’équipe que Valensi avait, à l’IMFM, mis sur l’idée que Petit avait su, lui, concrétiser expérimentalement avec brio.

Un jeune ingénieur militaire, ayant quelques connaissances d’autodidacte en matière de plasmas, Henri Bondar, est appelé à la rescousse. Découvrant ce qui n’est autre qu’une lamentable tentative de pillage scientifique, choqué, il prévient Petit et lui remet en mains propres le rapport qui décrit la gabegie menée par Zappoli et Esterle. Il payera d’ailleurs fort cher cette réaction d’honnêteté intempestive. Petit est furieux car il réalise que s’il avait été au cœur de ces recherches, il aurait pu résoudre en quelques jours les problèmes dans lesquels Zappoli s’est enlisé (voir Enquête sur les OVNI, page 90). Il publie alors des extraits du rapport dans une petite revue ufologique tenue à l’époque par Peri Petrakis : OVNI-Présence, qui titre en couverture « GEPAN : une manip de trop » . Un Petrakis qui a … beaucoup changé depuis.

On peut se demander comment de tels amateurs ont pu conduire le CNES dans une aventure aussi lamentable. Mais à l’époque il n’y a personne de compétent en MHD, ni au CNES, ni sans doute au sein de la recherche militaire elle-même. N’oublions pas que la France est restée hors jeu pendant plus de dix années, Petit ayant été le seul à poursuivre des recherches dans ses caves successives. Le GEPAN n’a pas non plus de statut bien défini. Il fonctionne « comme un département » , étant donné qu’il ne s’est pas avéré possible de l’intégrer en tant que service d’un département déjà existant. Esterle a donc eu « la bride sur le cou » .

Le CNES craint le scandale. Le GEPAN disparaît. Il n’est pas dissout, mais on annonce simplement qu’il a été remplacé par une autre structure : le SEPRA (Service d’Expertise des Phénomènes Aérospatiaux), dont on confie la direction à Jean-Jacques Vélasco, technicien d’Esterle (brevet de technicien supérieur d’optique). Esterle et Zappoli disparaissent dans des placards et on n’entendra plus parler d’eux, pas plus que de Poher, d’ailleurs.

Hubert Curien, lorsqu’il avait conçu le GEPAN, l’avait mis sous le contrôle d’un conseil scientifique de sept membres. L’un d’eux, polytechnicien et haut fonctionnaire à la météorologie nationale, Christian Perrin de Brichambaut (aujourd’hui décédé), n’accepte pas cette mise à la trappe, après une douzaine de réunions de ce conseil et réclame une ultime convocation, avant dissolution. Il effectuera plusieurs démarches auprès du CNES (reproduction de ces courriers dans Enquête sur les OVNI, pages 127 à 132) mais n’obtiendra jamais satisfaction. Sur son lit d’hôpital, juste avant sa mort, il écrira un « testament » dans lequel il fait part de sa certitude de « l’hypothèse extraterrestre » (Paru dans « Science Frontières »)

La fonctionnalité du GEPAN se dégage maintenant clairement, en tant que structure destinée à capter les idées et les travaux scientifiques issus du secteur civil, pour aller ensuite fertiliser la recherche militaire. Cela, Gilbert Payan le sait, dès le départ, alors que Petit, qui l’ignore, mettra des années à le comprendre. Mais après le scandale déclenché par l’initiative d’Esterle, le GEPAN n’a plus de raison d’être et disparaît. Soucieux de ne pas voir se rééditer une telle mésaventure, le CNES a d’ailleurs soigneusement limité le marge de manœuvre du SEPRA, dont la tâche doit désormais se limiter aux enquêtes et à l’archivage des données.

Après le naufrage du projet MHD-CNES, Petit n’abandonne pas la partie. Il récupère dans ses caves le matériel qu’il a collecté et, pour être plus sûr que celui ne lui sera pas enlevé, l’installe dans une pièce de son propre appartement d’Aix, lequel sera donc le seul de la ville à être équipé en trente mille volts. Précaution sage : pendant les quelques mois où il s’était trouvé hospitalisé, ayant été victime d’un accident de travail dans sa cave-laboratoire, le CERT en a profité pour venir récupérer son installation de champ magnétique d’un tesla, prêtée en 1978 par le laboratoire toulousain de Thourel, suite à une démarche de Claude Poher.

Seul dans ce laboratoire minuscule, il réussira une très intéressante expérience de maîtrise complète de l’instabilité découverte par Vélikov en 1964, contribution-clef à un éventuel futur développement de l’aérodyne MHD. Il présente en 1983 ce travail au congrès international de MHD de Moscou où il se rend en utilisant un circuit touristique bon marché (Loisirs,-Vacances-Jeunesse), étant incapable de faire face aux frais d’un séjour conventionnel dans un congrès à l’étranger. En arrivant à Moscou, au moment où le groupe s’apprête à partir pour la visite du mausolée de Lénine, Petit révèle à l’accompagnatrice le véritable but de sa visite :

- Appelez Golubev, à l’Université de Moscou, pour qu’il envoie vite une voiture. Je fais mon exposé dans deux heures.

Un jeune ingénieur, Bertrand Lebrun, se présente en demandant à faire une thèse de doctorat avec lui. Petit accepte. Lebrun passe donc un DEA (Diplôme d’Étude Approfondie) à l’Université de Marseille, préalable indispensable à une thèse, dans une spécialité donnée. Les notes de Lebrun sont excellentes. Entre temps Petit a construit le modèle théorique permettant d’expliquer pourquoi et comment les ondes de choc peuvent être annihilées par la MHD, autour d’un objet immergé dans un courant gazeux supersonique. L’idée, brillante, séduit les responsables du DEA. Mais l’université refuse de délivrer une bourse sur un tel sujet sous prétexte « qu’il n’intéresse pas les laboratoires locaux » . Lebrun décide de se passer de bourse, son père lui ayant offert un soutien matériel sur deux ans. Il se produit alors un fait inconcevable : l’Université de Marseille refuse d’inscrire l’étudiant en thèse sur un sujet qui ne s’intitule pas « preuve de l’existence des soucoupes volantes » mais « étude de l’action des forces de Laplace sur un courant gazeux supersonique » . Pas de motif invoqué.

- J’ai cru à cette époque, racontera Petit, sentir le sol se dérober sous mes pas.

Il prend contact avec Papon, directeur général du CNRS :

- Monsieur le Directeur Général, je crois que maintenant, la coupe est pleine. La semaine prochaine, Paris-Match vient visiter mon laboratoire. Si personne ne fait rien, j’expliquerai où se joue la MHD française, dans une pièce de dix mètres carrés, dans un appartement aixois, et comment un chercheur porteur d’une idée novatrice et brillante, et de résultats expérimentaux obtenus dans des conditions matérielles défiant l’imagination, est contraint, pour pouvoir aller la présenter dans un congrès scientifique international, de s’intégrer à un groupe de touristes, faute de disposer de frais de mission.

La menace n’est pas proférée à la légère. Petit a déjà largement démontré ses capacités à mettre les pieds dans le plat. Le CNRS décide de calmer le jeu. De toute manière, un lien étroit a toujours existé entre le CNRS et l’armée. Il y a quelques années, Charpentier, successeur de Michel Combarnous au département SPI du CNRS ( Science Physique de l’Ingénieur), intervenant dans une plaquette du CNRS axée sur les rapports entre le secteur civil et le militaire, déclare « qu’il n’a pas assez de contrats DRET pour satisfaire les demandes des chercheurs » . Pour un physicien, par exemple, une carrière convenable n’est envisageable qu’au prix d’un flirt avec l’armée que les chercheurs appellent, dans leur argot « le Diable » (lire « Les Enfants du Diable » , de Jean-Pierre Petit, éditions Albin Michel, 1995).

Depuis le grand cafouillage CNES, et la disparition du GEPAN, Payan est retourné dans l’ombre, qu’il affectionne. Le contrôle des activités de Petit par l’armée est assuré en continu par son propre directeur de recherche, René Pellat (qui deviendra plus tard président du CNES, un des membres du conseil scientifique du GEPAN. Actuellement, Pellat s’occupe du projet de « simulateur » , axé sur la fusion par laser, censé prendre le relais des expériences nucléaires interrompues à Mururoa).

Papon oriente Petit vers son adjoint, Michel Combarnous, lequel convoque Pellat lors d’une réunion où le CNRS décide, sous l’effet de cette sorte de chantage, de donner suite à des recherches de MHD. Ici nous avons le témoignage de Petit, reproduit dans un de ses ouvrages, à propos d’une remarque de Pellat, lâchée dans les couloirs du CNRS, avant la rencontre avec Combarnous, à propos de la compétence des gens du GEPAN :

- Crois-tu que si on avait réellement voulu éclaircir ce problème on aurait mis à la tête de ce service des gens pareils ?

Combarnous octroie une bourse à Lebrun, par-dessus la tête du conseil doctoral Marseillais. Comme les directeurs des instituts de mécanique des fluides locaux menacent de démissionner en bloc si le CNRS les contraint à héberger un tel thème de recherche, Combarnous impose à Petit de « loger » son thésard dans un département de « maths appliquées » . Avec quelques crédits CNRS, une « aide individuelle » , Petit achète un Mac Intosh sur lequel Lebrun effectuera des simulations de mécanique des fluides. Le spécialiste trouvera étonnant qu’on puisse attaquer de tels problèmes sur un appareil tournant avec une horloge de 2 mégahertz et dont la mémoire centrale n’est à l’époque que de 512 K. Mais ces calculs seront en fait effectués par plusieurs machines, l’équipe dispatchant les calculs chaque soir, Lebrun allant récupérer les résultats d’une nuit de travail au matin, avec sa moto, inaugurant avant la lettre le travail « en multiprocesseur » . Dans ces conditions, les calculs débouchent assez rapidement et le tandem réussit à faire accepter une communication, en 1987, au colloque international de MHD de Tsukuba, Japon (où ils ne pourront se rendre, faute de crédits).

En parallèle, Combarnous monte un projet de recherche, dans laquelle la DRET s’impose aussitôt en tant que partenaire incontournable. Un programme de recherche expérimentale est mis sur pied. Un laboratoire de l’université de Rouen, celui du professeur Valentin, bénéficiera d’un double contrat MRT (Ministère de la Recherche et de la Technologie)+DRET pour effectuer l’expérience de MHD entièrement calculée dans la thèse de Lebrun, sur une soufflerie à rafale chaude, la même qui, en 1967, avait permis d’obtenu des vitesses de sortie de tuyère de 8000 mètres par seconde. Mais au moment où ce projet est mis sur pied, Petit a la désagréable surprise de retrouve sur sa route, une fois de plus, Gilbert Payan, qui « coordonne » une fois de plus les opérations, à la demande d’Hubert Curien, devenu entre temps ministre. Le marché est alors posé : Petit devra diriger les recherches, mais sans figurer sur les contrats et rapports de recherche (voir Enquête sur les OVNI, page 109). La bourse de son étudiant arrivant à son terme « ce dernier devra se trouver un emploi dans le privé ».

Après vingt années de lutte, Petit comprend enfin et pose un ultimatum, en formulant la demande la plus modeste, à titre de test. Si une bourse DRET (de 7000 F par mois), n’est pas accordée à Lebrun, pour que celui-ci puisse continuer les travaux de simulations numériques, Petit abandonnera définitivement la MHD et l’équipe rouennaise.

Les Rouennais ne sont pas idiots. Claude Thénard, maître de conférence, responsable scientifique en titre sur ce contrat, sait qu’il ne possède aucune expérience en MHD, ni même sur le gaz ionisé. Valentin transmet à la DRET les conditions posées par Petit. Celle-ci provoque une réunion, à Rouen, où elle envoie ses experts, ainsi que l’incontournable Payan. Un ingénieur militaire présent résume la situation à la serpe :

- Il faut être clairs. Sans les conseils éclairés de Petit, qui est seul à avoir de l’expérience dans ce domaine, les Rouennais ne s’en sortiront pas et le savent très bien. Petit a précisé ses conditions. Donc soit la DRET fournit cette bourse, plus un supplément de crédits pour le laboratoire, soit rien. Réponse dans un mois.

Au passage l’expert explique l’intérêt des militaires pour ce type de projet :

- Nos missiles de croisière ne peuvent dépasser, en basse altitude, 900 km/h, sinon la traînée, les contraintes mécaniques et au-delà les contraintes thermiques (mur de la chaleur) sont trop importantes. En air dense nos avions supersoniques ne peuvent dépasser mach 1,3. L’aérodyne MHD de Petit serait le missile de croisière de l’avenir, que même les missiles conventionnels ne pourraient intercepter, car il volerait plus vite qu’eux. Il existe d’autres types de retombées des travaux initiaux de Petit en hydraulique, dont l’intérêt serait de pouvoir déboucher sur des systèmes d’armes opérationnels dans des délais plus brefs, puisqu’ alors le problème du poids ne se poserait plus et qui concerneraient alors un projet de torpille MHD. Mais ceci sort du thème du contrat Rouen.

Précision : la propulsion MHD sous-marine, affranchie du problème de la cavitation, pourrait donner naissance à des engins pouvant se déplacer, en milieu marin, à plusieurs centaines de km/h, comme précisé des années plus tard par les responsables des projets japonais.

A son retour il rend un rapport très positif sur ce projet de recherche et recommande la première solution. Mais la décision sera annulée sur intervention personnelle du Ministre des Armées, Charles Hernu, sur recommandation de Lallemand, un ancien élève de Normale Supérieure, un « civil » , conseiller scientifique de la DRET : Pas question d’étudier un missile de croisière hypersonique dans un contexte civil.

La réponse sera transmise officieusement par un responsable CNRS, Bernard Fontaine:

- La réponse est non et Lebrun ne trouvera de place dans aucun laboratoire français.

Ayant toujours négligé les avertissements réitérés de Petit, Payan recommande la poursuite du projet de Rouen. Voir la reproduction du rapport figurant dans Enquête sur les ovnis, pages 116 à 118. Mais Thénard se plante. Ses tuyères MHD explosent les unes après les autres. Payan, qui est alors affecté à un poste dépendant du Ministère de la Recherche et de l’Industrie, est mis en « retraite anticipée », à 55 ans.

Au moment où Petit a déjà pris ses distances, il rencontre fortuitement Claude Thénard, par ailleurs sincèrement désolé de la tournure prise parles évènements, qui lui dit :

- J’ai rencontré Bradu, notre contact à la DRET, qui m’a dit « de toute façon, l’armée double toutes vos recherches dans ses laboratoires secrets » .

Ce point sera confirmé des années plus tard, en 1994, par un haut responsable du CNRS, Dominique le Quéau, ancien élève de Pellat, président de la section d’astrophysique (entre temps les astronomes, dont Guy Monnet, cosignataire avec Jean-Claude Ribes de l’ouvrage « La Vie Extraterrestre » , publié aux éditions Larousse, ancien membre du défunt conseil scientifique du GEPAN, ont noué des contacts étroits avec les militaires : ils étudient pour eux les miroirs à optique adaptative destinés à une guerre des étoiles à la Française). Voir « les confidences de monsieur le Quéau » dans « Les Enfants du Diable » , page 264. Lors d’un déjeuner avec Petit et Baluteau, devenu directeur de l’Observatoire de Marseille, Le Quéau lâche soudain à brûle-pourpoint :

- En tout cas, je confirme que c’est bien l’armée qui a fait capoter les travaux de MHD de Petit.

- Pourquoi, demande Baluteau, ça ne les intéressait pas ?

- Tout au contraire, cela les intéresse bigrement, et je puis vous dire qu’ils continuent cela plein pot dans leurs laboratoires secrets.

- Comment peux-tu savoir cela ?

- J’ai mes entrées là-bas. J’ai été l’élève de Pellat, vous savez.

Petit reproduit ce dialogue dans son rapport annuel au CNRS et Baluteau, en le cosignant, confirme ce témoignage (reproduction intégrale de ce rapport dans « le Mystère des Ummites » , pages 279 à 281).

Payan s’est trompé. Même avec « des aides extérieures » l’équipe rouennaise ne parvient pas à mener l’opération « annihilation d’onde de choc » à son terme. L’armée voit Petit, qui se recycle activement en cosmologie théorique, lui échapper, avec son précieux savoir-faire en MHD. Elle réclame au CNRS, dont la direction a été totalement renouvelée, la mise à disposition de Petit. Dans cette optique la Direction Générale demande à James Lequeux, alors directeur de son laboratoire d’affectation, l’observatoire de Marseille, véritable « refuge » , un rapport que celui-ci lui adresse :

- Les travaux de Monsieur Jean-Pierre Petit n’intéressent en rien l’observatoire de Marseille.

La DG du CNRS, sous la plume de Jean-Claude Charpentier, nouveau directeur du SPI, successeur de Combarnous, adresse alors à Petit une véritable « lettre de cachet » , laconique :

- Je mets fin à votre affectation à l’Observatoire de Marseille. Vous serez désormais géré comme chercheur isolé.

Décision en contradiction complète avec la politique du CNRS visant au contraire à intégrer les « chercheurs isolés » dans des formations existantes. Le but est clair : priver Petit de la protection de ses collègues, dans son laboratoire d’affectation, et de celle de sa section CNRS. Pourtant Petit, sentant venir le coup, a tenté dé déjouer la manœuvre en présentant à Lequeux, quelques semaines plus tôt, le résultat récent de ses travaux de cosmologie théorique, axés sur un modèle d’univers à vitesse de la lumière variable. Mais Lequeux a cru à un bluff.

Erreur, Petit, une fois de plus, s’en tire de justesse en publiant coup sur coup deux articles importants dans l’excellente revue Modern Physics Letters A, ce qui entraîne sa réintégration immédiate à l’observatoire, sur décision de Berroir, directeur de l’Institut National des Sciences de l’Univers qui, au CNRS, chapeaute tous les observatoires français.

Avant son abandon définitif des recherches de MHD, en 1987, Petit doit aider son étudiant, Bertrand Lebrun, désormais sans ressource, à boucler sa thèse. Un journaliste de la revue Actuel, Patrice Van Eersel, lui propose de publier un dossier dans celle-ci. Préalablement à la rédaction de l’article, Van Eersel et Petit se rendent à Moscou et recontrent Golubev. Au passage ils tentent d’enquêter sur l’assassinat récent de Vladimir Alexandrov, collègue et ami de Petit, éliminé à cause de son intérêt pour « les armes à antimatière » (Voir « Les Enfants du Diable » , pages 216 à 218). L’article paraît, décrivant l’état lamentable de ces recherches de MHD civile, en se terminant par un « appel à sponsor » .

L’un d’eux se manifeste immédiatement. Il s’agit d’un industriel, Dubosquet, qui dirige un important groupe de transformations mécaniques, à Paris, la société Sofimecal. Petit le prévient d’emblée :

- Si vous espérez retirer quelque profit de cette opération, laissez tomber. La MHD ne sera pas rentable avant un bon demi-siècle.

- Cela ne nous dérange pas. Notre groupe a dégagé de gros profits et nous considérons comme un devoir d’aider des chercheurs tels que vous.

- Bien… alors envoyez-nous deux billets d’avion.

L’homme s’exécute séance tenante. Une limousine vient cueillir Petit et son étudiant à l’aéroport et les dépose dans un hôtel quatre étoiles, ou deux chambres leur ont été réservées. Le soir même, Dubosquet, petite taille, ex-syndicaliste CGT reconverti dans le capitalisme entreprenant, les invite dans un restaurant de qualité. Le lendemain, il leur fait visiter son usine. Dans un vaste hall, des machines-outils de très grande taille, des « tours verticaux » . Mais l’œil d’ingénieur de Petit repère aussitôt des supports de tourelles de char en cours d’usinage.

Dans son bureau, Dubosquet demande quels sont les besoins de l’équipe.

- Il faudrait sept mille francs nets, par mois, dit Petit, pour que Lebrun puisse finir sa thèse.

Dubosquet sort son carnet de chèque et s’exécute séance tenante :

- Voici, pour le premier mois.

L’affaire durera une petite année. Lebrun met en forme les résultats. Les chèques tombent avec régularité. La thèse est soutenue. Combarnous est Président du jury. Dans celui-ci : Inglesakis, Fontaine, et le sympathique Jean Coirier, qui permet que cette thèse soit soutenue à Poitiers, l’université de Marseille ayant fait blocus.

Dubosquet semble décidément prêt à faire n’importe quoi pour qu’un projet de MHD plus élaboré voie le jour. Après la thèse, il annonce à Petit :

- Mon groupe vient d’acheter une entreprise, à Pau. Celle-ci possède un laboratoire et un bureau d’étude. Voici ce que je vous propose. Nous embauchons Lebrun avec un bon salaire d’ingénieur. Il travaille à mi-temps pour les besoins de l’entreprise, au bureau d’études, et l’autre moitié du temps vous montez avec lui là-bas toutes les expériences de MHD que vous voudrez, l’entreprise fournissant le financement et tout l’environnement technique souhaité.

Étant donné que toutes les portes du monde de la recherche institutionnalisé se sont refermées devant Lebrun, l’offre est inespérée. Mais ce dernier décline cette proposition.

- Pau, bof…..

Dubosquet se montre alors encore plus compréhensif.

- Écoutez, si votre thésard tient absolument à rester dans le midi, nous pourrions acheter un local près d’Aix, où il s’installerait, et où vous pourriez monter des expériences.

Lors d’une nouvelle visite à Paris, Petit se rend à l’entreprise de Dubosquet, en traversant une nouvelle fois ce vaste hall. Des supports de tourelle de chars sont toujours en usinage. Cette fois c’est le bras droit du patron qui l’accueille :

- Hier, nous avons eu la visite d’une personne qui vous tient en grande estime et qui a longuement parlé de vous avec le patron, monsieur Payan.

Et voilà…. Après Toulouse, Rouen, l’histoire se rééditait. L’argent que fournissait si généreusement Dubosquet ne venait sans doute pas de sa société, mais d’un financement en sous-main, Payan ayant servi d’intermédiaire, une fois de plus.

Pour en avoir le cœur net, Petit décide de jouer à Dubosquet un tour à sa façon. Puisque Lebrun refuse d’aller s’installer à Pau, pourquoi ne pas envisager de nouvelles recherches, toutes aussi passionnantes, mais n’ayant cette fois plus rien à voir avec la MHD ?

Réaction immédiate : vis à vis de demandes très minimes (achat de matériel informatique), Dubosquet passe séance tenante de la générosité la plus débridée à la pingrerie la plus ridicule. Apparemment il s’agissait cette fois de son argent, ou de celui de son entreprise, pas de celui de l’armée (laquelle n’aurait eu aucune difficulté pour financer des recherches de MHD en sous-main).

Lebrun disparaît dans la nature en fondant une petite boite d’informatique dans la région parisienne. Petit se plonge dans la cosmologie .

Tout ceci nous éclaire donc sur la première finalité du GEPAN et de ses collaborateurs (Gilbert Payan, par exemple) : capter l’information scientifique et technique, grâce à cette structure-tampon, pour récupérer celle-ci au bénéfice de la recherche militaire. Si Petit n’avait pas repéré les supports de tourelles de char en usinage, si Lebrun n’avait pas laissé passer cette unique chance de poursuivre ses recherches à Pau, si le bras droit de Dubosquet n’avait pas inconsidérément mangé le morceau, ces deux-là seraient peut être encore aujourd’hui en train de travailler pour l’armée, sans le savoir.

Après examen de ces différentes anecdotes, les propos tenus par l’ingénieur Lebeau, ex-président du CNES dans sa préface de la plaquette COMETA, ou les plaintes des responsables militaires déplorant « l’attitude hostile et fermée des scientifiques » font sourire.

Pourquoi un tel acharnement à propos d’une simple expérience de mécanique des fluides ionisés ?

Il y a deux explications. D’abord cette histoire de missile de croisière hypersonique et au-delà, d’aérodyne MHD supersonique que les Américains, si on en croît le rapport COMETA, page 85, posséderaient déjà. Par ailleurs cette simple expérience aurait très fortement crédibilisé l’ovni en tant que machine volante extraterrestre (étant donnée l’ancienneté des témoignages et sa similitude avec l’aérodyne MHD).

Où en est-on sur ce plan-là ?

Petit pense que les Américains aurait réussi une telle expérience dès le milieu, ou la fin des années soixante dix. Il cite une anecdote à l’appui. En 1988 il s’était rendu à l’université de Berkeley, sur invitation de son collègue et ami, le professeur Oppenheim, directeur du département de mécanique des fluides, pour y donner une conférence sur ses travaux. Y assistait le professeur Kunkle, chez du laboratoire de physique des Hautes Énergies de cette université. A la fin de l’exposé, Kunkle réagit :

- Je suis stupéfié d’entendre ce français décrire au grand jour des thèmes de recherche qui font actuellement l’objet d’études très poussées au Lawrence Livermore Laboratory. Mais ces études sont là-bas si secrètes que je ne puis même pas en faire état ici.

Petit pense que l’expérience-clef d’annihilation d’onde de choc, celle qu’il avait conçue et calculé avec son étudiant, Lebrun, aurait également été faite dans les laboratoires secrets de la DRET :

- Dix ans se sont écoulés. En dépit de l’inexpérience des ingénieurs militaires de la DRET en matière de MHD, au milieu des années quatre vingt il me semble que ces gens disposent de moyens et de compétences suffisantes pour être venus depuis à bout de bêtes problèmes techniques, qui sont du niveau d’une simple école d’ingénieur. La manip de MHD avait été entièrement calculée. Toutes celles que j’avais calculées au préalable dans les années précédentes ont toujours marché au premier essai. Il n’y avait dans les conditions que j’avais choisies, aucun problème scientifique particulier, aucune instabilité de plasma à redouter. Les techniques scientifiques à mettre en œuvre correspondaient à celles du milieu des années soixante (soufflerie à rafale, création de puissants champs magnétiques, visualisation par interférométrie-laser). Si ces gens, en dix ans, n’ont pas obtenu ce résultat-clef, ce serait vraiment à désespérer. Je suis convaincu que des comptes-rendus positifs d’expériences d’annihilation d’ondes de choc par la MHD accompagnaient le rapport qui a été déposé sur les bureaux du Premier Ministre et du Chef de l’État.

Voir également les phrases du rapport COMETA, page 36 :

Des premières expériences d’atténuation du bruit, par suppression du sillage et de l’onde de choc, encore que dans des conditions très particulières, sont encourageantes.

et, page 71 :

Une modélisation des techniques magnétohydrodynamiques, qui pourraient être employées pour le déplacement des OVNI dans l’atmosphère, a été portée à un bon niveau de développement.

Si les Français en sont là, et c’est fort probable, on comprend qu’ils n’appréhendent que les Américains ne soient beaucoup plus loin et soient depuis des années passés du niveau de simples essais sur maquettes, en soufflerie, à des réalisations en vraie grandeur.

En lisant ces lignes, on comprend que les auteurs de la plaquette VSD aient préféré se montrer des plus discrets quant à cette aventure MHD à la Française. En fait, le paradoxe de l’ovni apparaît de manière claire :

- Oui, c’est un problème très intéressant. Mais comme toutes les retombées des recherches qui sont liées à ce dossier relèvent de la défense nationale, nous ne pouvons, ni vous en dire un mot, ni même proposer des recherches concrètes.

Page 58, dans le rapport diffusé par VSD, on lit, « au chapitre des propositions concernant une structure nationale »

Il est recommandé de :

- renforcer les moyens matériels et humains du SEPRA, pour être en mesure de recueillir les informations relatives à toutes les manifestations d’ovni, tant en Europe que dans le monde.

- développer ses possibilités d’enquête et d’analyse,

- renforcer son statut de représentation et de relations extérieures,

De même il conviendrait de créer, au plus haut niveau de l’État, une cellule en liaison avec le SEPRA, chargée :

- d’élaborer toutes les hypothèses prospectives,

- de promouvoir les recherches scientifiques et techniques et, à ce titre, de disposer d’un budget minimum, léger.

Page 62 :

On peut conclure que s’impose une veille technologique au moins passive et de préférence active, dans les domaines de la propulsion de pointe, comme par exemple la magnétohydrodynamique. Il est vraiment essentiel de savoir ce que font les autres nations à ce sujet.

Cette recommandation d’une « veille technologique » est-elle compatible avec la forte présomption de recherches menées depuis dix ans, au sein de la DRET, dans ce domaine.

Tout cela n’est guère cohérent. Mais comment être cohérent quand on a les mains liées par le Secret Défense ?

Revenons en janvier 1981, à l’affaire de Trans-en-Provence, avant la disparition du GEPAN. Rappelons les faits (Enquête sur les OVNI, page 120 et le rapport COMETA, page 22) : un homme d’origine italienne, Renato Nicolaï, voit un jour atterrir, assez violemment, une mini soucoupe de deux mètres de diamètre, sur son terrain. Inquiet, il observe l’objet, en se tenant caché derrière un muret. Au bout d’une minute, celui-ci décolle et disparaît derrière une frondaison d’arbres. A l’époque Alain Esterle est encore chef du GEPAN. Deux hasards se conjuguent alors. Après que la femme de Nicolaï ait prévenu une voisine, épouse d’un gendarme, ce dernier vient faire son enquête. Bien inspiré, celui-ci a l’idée, non d’arracher des luzernes sur le bout de terrain où l’ovni, en se posant, a laissé des traces de ripage, mais d’emmener à la fois les végétaux et leur support terreux, dans une boite de chaussure. Ces échantillons arrivent au GEPAN, à Toulouse, puis, onze jours plus tard, sur la paillasse d’un biologiste de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) le professeur Michel Bounias. Celui-ci a fait sa thèse sur « les traumatismes subis par des végétaux soumis à une forte irradiation » , en collaboration avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique). Il est donc particulièrement compétent pour analyser ces fines tiges de luzerne et découvre que « leur équipement pigmentaire » a été fortement modifié. Il demande alors une nouvelle prise d’échantillons, à des distances croissantes du point d’impact. Ces nouvelles analyses révèlent un phénomène de grande ampleur (sur dix mètres de diamètre, voir figure 6 du livre précité). Au centre, certains composants de la plante ont été détruits à 80 %. Puis, progressivement, ce traumatisme s’atténue, en suivant une loi en 1/r2, suggérant l’action d’un rayonnement. La courbe est extrêmement régulière (coefficient de corrélation : 0,99 !).

Plusieurs constatations :

- L’équipement pigmentaire de ces luzernes est normalement très stable, à la fois dans le temps et dans l’espace.

- La seul effecteur qui pourrait produire une telle altération est un rayonnement d’un mégarad, délivré par une source nucléaire, une valeur très importante.

- Aucun effecteur chimique connu n’est susceptible de produire de tels effets.

- Le phénomène est durable. Bounias observera un lent et progressif retour à la normale du phénomène, sur dix-huit mois.

S’agissant du phénomène ovni, cette découverte semble considérable. Alors que depuis des années on s’escrime vainement à trouver, sur les sites d’atterrissages d’ovnis, ou prétendus tels, des traces de radioactivité ou de magnétisme résiduel, ces machines laissent apparemment une signature biologique stable et résistante (les prélèvements de végétaux avaient été opérés à Trans-en-Provence après des pluies importantes). Bounias et Petit suggèrent aussitôt d’essayer de tenter de reconstituer le phénomène en bombardant des luzernes-témoins avec des micro-ondes en 3 gigahertz, pulsées en basse fréquence (c’est le type de rayonnement qui, dans les aérodynes MHD, entretiendrait l’ionisation autour de ceux-ci. Voir aussi la célèbre affaire du RB-47, citée dans le rapport de VSD, Annexes, page 13).

Lors d’une visite à Toulouse, en 1981, Petit rencontre Vélasco, alors simple technicien, qui lui lâche :

- Les micro-ondes pulsées ? Je comprends si ça agit ! On a fait la manip….

Avec qui ? Dans quel contexte ?

La réponse se trouve dans un bref passage du rapport COMETA, page 30 :

6.5.1 Analyse des prélèvements.

Le GEPAN/SEPRA s’appuie sur différents laboratoires civils et militaires, dont ceux que l’Établissement Technique Central de l’Armement (ETCA), pour analyser les prélèvements de sol et de végétation recueillis au cours des enquêtes.

A notre avis, ce passage est un des plus importants et des plus révélateurs de tout le rapport. En effet l’ETCA est une énorme maison, capable de mener des études avec un budget pratiquement illimité. Ca n’est pas non plus un service qui a pour habitude d’informer le public sur la nature des études qu’il mène, ni a fortiori sur les résultats obtenus.

La phrase de Jean-Jacques Vélasco suggère que des telles études auraient été entreprises, dès 1981, à l’ETCA.

Peu de temps après l’affaire de Trans, en octobre 82, un biologiste se trouve confronté à un ovni, lévitant sous ses yeux dans son jardinet de Nancy. C’est l’affaire dite « de l’Amarante » , citée dans le numéro de VSD, page 23.

On aurait pu s’attendre à ce que Bounias soit mis sur le coup. Mais, cette fois, l’affaire est totalement foirée. Les échantillons végétaux sont sectionnés et transmis au CNES après avoir longuement séjourné dans des sachets de plastique. Puis, complètement macérés, pourris, ils seront confiés à un laboratoire d’université local. Résultat des analyses : néant. Les échantillons sont devenus inexploitables (alors que Bounias avait recommandé de les cryogéniser dans de l’azote liquide aussitôt, pour conserver toute l’information).

Maladresse ? Pas si sûr. J’incline à penser que d’autres échantillons, correctement prélevés, ont été transmis aux laboratoires de l’ETCA. Il me semble y avoir, de toute évidence, rétention systématique d’information.

Si l’existence d’un important traumatisme végétal avait pu être mis en évidence, sur des sites d’ovnis, et si le phénomène avait pu être reconstitué en laboratoire par l’action de micro-ondes pulsées, ceci aurait suffi à soi seul à valider l’ovni en tant que machine volante. En effet les micro-ondes, pulsées ou non, n’existent pas dans la nature.

Dans le même temps, Petit et Bounias, appuyés par Perrin de Brichambaut, demandent à plancher devant le conseil scientifique du GEPAN, le premier pour présenter des projets de MHD (à tous les prix) et le second pour un projet d’étude de l’action de micro-ondes pulsées sur des luzernes-témoins : une « manip de table » dont le coût n’aurait pas excédé quelques dizaines de milliers de francs.

La Direction Générale du CNES opposa à ces deux chercheurs du CNRS une fin de non-recevoir. Motif invoqué :

- Vous ne faites pas partie du conseil scientifique du GEPAN.

Je suis personnellement convaincu que l’étude systématique des traces biologiques laissées par les ovnis, effectuée de manière convenable, s’est poursuivie depuis 1981 et se poursuit actuellement au sein de l’ETCA, en étant alimenté en « produit frais » par le SEPRA, secondé par la gendarmerie. Je pense également que nous ne sommes pas près d’avoir accès aux résultats de telles études, mais qu’une annexe technique en faisant état devrait accompagner le « rapport complet » remis aux plus hautes instances de l’État.

Le SEPRA est … une boite aux lettres. Dans ces conditions point n’est besoin que Jean-Jacques Vélasco soit équipé de solides connaissances scientifiques. Il prélève les échantillons, ramasse éventuellement des objets insolites, collecte les témoignages, tout en « garantissant l’anonymat des témoins » . Les directives adressées aux gendarmes suffisent à écarter toute initiative d’ordre privée, l’intervention de « groupes ufologiques » ou de « chercheurs indépendants » . Deux ans après la création du GEPAN un texte de loi est passé en 1979, fixant à soixante années le délai au terme duquel des rapports de gendarmerie concernant les ovnis peuvent être mis à la disposition du public ou des chercheurs « non accrédités » . Excellente mesure pour tenir à l’écart les importuns ( » revenez dans soixante ans » …).

Comment se fait-il que le groupe COMETA, qui stigmatise page 58 les effets de la directive américaine JANAP 146, mise en place par les Américains dès 1953, laquelle assimile toute divulgation d’information concernant les ovnis à un acte passible des peines identiques à celles qui répriment l’espionnage, n’ait pas signalé au passage l’existence de ce décret français (qui maintient secret les rapports de gendarmerie pendant soixante ans !), en réclamant son abrogation, ou au moins son aménagement (en préservant l’anonymat des témoins) de manière à permettre aux chercheurs d’avoir accès aux informations issues d’enquêtes menées par la gendarmerie sur des cas d’ovnis ?

Lorsque Jean-Jacques Vélasco a effectué sa collecte d’échantillons, il adresse le tout à l’ETCA. On peut même conjecturer que les laboratoires de l’armée ne prennent même pas le soin de l’informer des résultats des études menées au sein de ceux-ci. Pourquoi prendre un tel risque ? C’est la raison pour laquelle le SEPRA n’a pas grand chose à nous raconter, ni à publier. Mais monsieur Vélasco ne ment pas quand il déclare dans les médias « des études sont en cours » . Oui, à l’ETCA.

Il est ainsi totalement vain de s’en prendre au responsable du SEPRA, qui fonctionne comme une sorte de trou noir, où tout entre mais d’où rien ne sort (se rappeler par exemple l’affaire du film vidéo enregistré à Voreppe). Cela reviendrait à donner des coups de pied dans une boite aux lettres.

Les Français ont ainsi, depuis vingt deux ans, réussi un coup très astucieux. Ils ont créé un organisme « civil » , le SEPRA, qui « collecte et traite les données » . A travers celui-ci, les militaires, sans apparaître explicitement, sont en mesure de récupérer tous ce que les ovnis laissent sur leur passage. Le public est maintenu dans l’illusion qu’on lui présentera un jour les résultats de ces fameuses études et travaux. Tout est en place pour bloquer des initiatives indésirables. Sollicité, le SEPRA répondra qu’il n’a pas pour mission d’effectuer lui-même des recherches (bien sûr : celles-ci sont menées à l’intérieur de la DRET, l’organisme de recherche militaire, tous domaines confondus). Tout ce dont il a besoin, c’est d’une représentativité et d’une bonne crédibilité auprès du public et c’est un des buts poursuivis par « l’opération COMETA » , du moins dans la version tronquée communiquée au grand public.

Il y a quelques années, à la demande du CNES, Jean-Jacques Vélasco avait cosigné un ouvrage avec le journaliste Jean-Claude Bourret, intitulé « OVNI, la science avance » , opération qui s’était soldée par un échec.

Évoquons un instant l’évolution des prises de position du responsable du SEPRA au fil des années. Il existe dans les archives de TF1 une interview donnée par le responsable du SEPRA aux frères Bodganoff, où celui-ci déclarait :

- Seul un infime pourcentage des cas d’ovnis restent non élucidés. Nous pensons qu’avec le progrès de nos connaissances ce un pour cent de cas pourra se trouver un jour expliqué en tant que mauvaise interprétation de phénomènes purement naturels.

Dans « OVNI, la science avance » , on constate un début d’ouverture. Mais l’opération ne remportera pas auprès du public le succès escompté.

Jean-Jacques Vélasco n’est pas vraiment en mesure d’assurer lui-même sa propre crédibilité scientifique. Il a derrière lui des bavures très importantes, par exemple l’affaire du 5 novembre 1991. Cette nuit-là des milliers de témoins avaient vu passer d’étranges lueurs dans tout le ciel de France, du sud-ouest à l’est. Très vite, la NASA avait fourni les relevés de quatre points de passage d’un étage de fusée russe Gorizont.

L’affaire avait bien entendu enflammé les « ufologues » , qui voyaient dans cette affaire un spectaculaire raid d’ovnis, peut-être le prélude à un débarquement généralisé. Mais, avertis par des amis du CNES, Petit et Brichambaut étaient déjà au courant de cette affaire de rentrée d’étage de fusée russe.

Dechavanne organise une émission. Sur le plateau, Perrin de Brichambaut, Petit, René Pellat, alors président du CNES, plus le responsable des relations extérieures du CNES. D’entrée de jeu, Petit prend la parole le premier en disant :

- Bien, avant de débuter cette émission sur le sujet ovni, il y a une affaire avec laquelle il conviendrait de ne pas perdre trop de temps, c’est celle du 5 novembre dernier. Nous avons assez de données maintenant, en particulier un télex de la Nasa fixant quatre points de survol avant impact, pour conclure qu’il s’agissait en fait de la désintégration d’un étage d’une fusée russe « Gorizont » . J’espère que tout le monde sera de cet avis ?

Tête des responsables CNES, à qui Petit et de Brichambaut coupaient d’entrée l’herbe sous le pied dès le début de l’émission.

Dans les jours suivant, à la télévision, Vélasco confirmera cette identification d’une retombée d’étage de fusée russe, en donnant sa propre estimation : un axe Pau-Strasbourg. Rappelons la signification du SEPRA : service d’expertise des phénomènes de rentrée atmosphérique. À l’époque il existait déjà des masses de petits logiciels, tournant sur de simples PC, permettant, après introduction des coordonnées (longitude, latitude, heure) des points de survol, de calculer un couloir de rentrée (ou de survol) avec une précision de ± 20 km.

En 1998, un obscur ufologue Marseillais, Robert Alessandri, effectue une contre étude et découvre une erreur considérable. L’axe calculé n’est pas Pau-Strasbourg, mais embouchure de la Gironde-Strasbourg. L’écart est de taille. Publiant une petite revue ufologique : INH-évidence (Intelligences non-humaine évidence) Alessandri critique avec ironie le travail de Vélasco en titrant « quand le CNES engage des fumistes » . Réaction du CNES : Vélasco attaque immédiatement Alessandri en diffamation, en lui réclamant 100.000 F de dommages et intérêt. Procédure en cours. Informations complémentaires sur ce site en « Éditorial 3″.

Pourquoi attaquer un tel moustique (dont la mini-revue, déficitaire, a disparu depuis longtemps) ? Simplement parce qu’Alessandri avait mis le doigt sur la preuve flagrante du côté complètement bidon du SEPRA. Il est en effet impensable qu’un « Service d’Expertise des Phénomènes de Rentrée Atmosphériques » ne soit pas équipé d’un ordinateur et d’un logiciel permettant la détermination rapide de couloirs de rentrée. Vélasco a très probablement mené son évaluation en se servant d’une mappemonde et d’une ficelle !

En un mot : s’il y avait un jour un risque qu’un objet important, par exemple cette fameuse station Mir, menace de nous dégringoler sur la tête, comme annoncé récemment par Paco Rabanne un peu à la légère, croyez-vous que les responsables CNES confieraient le suivi de cette rentrée au SEPRA ?

Écraser au plus vite Alessandri était une chose urgente, pour ne pas risquer que celui-ci ne ruine la crédibilité de Vélasco vis à vis des français, preuves en main. D’où cette demande de dommages et intérêts, exorbitante quand on sait qu’elle vise un personnage qui est rmiste. D’où des pressions exercées sur son entourage, menaçant de procès semblables tous ceux qui s’aviseraient de témoigner en sa faveur. Il eut été plus élégant, si la demande avait été fondée, que le chef du SEPRA réclame « le franc symbolique » , c’est à dire une simple condamnation morale.

Sous ce couvert de transparence et d’ouverture, des choses se trament, que le public ignore totalement. Au moment où nos retraités de haut rang s’interrogent sur tous les sujets possibles, y compris sur l’affaire Roswell, le journaliste Jacques Pradel paye par exemple son courage journalistique, c’est à dire les deux émissions qu’il avait consacrées à ce fameux film censé présenter une autopsie d’extraterrestre. Il a perdu tous ses emplois. Les portes de chaînes de télévision et de radio (classique refuge des « has been » de la télévision, comme J.C. Bourret) lui sont fermées, depuis quatre ans. La situation matérielle de cet ex-champion de l’audimat, très aimé du grand public, au chômage complet depuis un an, est devenue critique. Il s’entend dire sans cesse :

- Il est difficile d’envisager votre projet d’émission (quel que soit le sujet de celle-ci). Vous comprenez, il faut attendre « que les vagues soulevées par vos deux émissions sur Roswell retombent » .

Quatre ans….

On a voulu faire un exemple.

Aux chercheurs, on dira :

- Vous voulez compromettre gravement votre carrière ? Allez-y, parlez, passez dans les médias, publiez des livres.

Aux journalistes, on dira :

- Vous voulez « soulever les problèmes » ? Alors faites comme Jacques Pradel des émissions fracassantes, allez ennuyer nos responsables. Après, ne vous étonnez pas si, en dépit de votre forte cote de popularité, vous voyez les portes de toutes les télévisions et des radios se fermer devant vous. Nous avons les moyens de créer un tel rejet, durable et même définitif (par simple menace d’un contrôle fiscal, par exemple, visant une chaîne ou une société de production).

Tout ceci ne cadre guère avec le souhait d’ouverture développé dans la plaquette COMETA et ses critiques concernant la presse.

Quid de l’échiquier américain ? Le rapport de VSD parle de Madame Galbraith, épouse d’un ancien ambassadeur des États-Unis en France, leader d’une croisade « pour une étude enfin sérieuse du sujet ovni aux USA » . Elle est appuyée par un sponsor : Laurence Rockfeller. On évoque, toujours page 51, une rencontre à Pocantico, près de West Point, consacrée aux « physical evidences » des ovnis, « animée par l’astrophysicien Peter Sturrock « . Au sujet de ce dernier, nous disposons d’un témoignage, celui de Petit qui, en 76, ne disposant pas de laboratoire propre à lui permettre de développer ses idées de MHD, et sachant que Sturrock avait des moyens importants dans le laboratoire de physique des plasmas qu’il dirigeait, lui aurait communiqué toutes ses idées de l’époque. Sturrock se serait alors « dérobé » .

Par la suite, lui et Jacques Vallée créèrent une revue « The journal of Scientific Exploration » . A deux reprises, au milieu des années quatre-vingt dix, Petit, selon ses dires, leur aurait adressé un long texte évoquant sa contribution à la modélisation scientifique du phénomène ovni, en particulier à l’hypothèse du véhicule intra-atmosphérique (via la MHD). Vallée et Sturrock auraient purement et simplement refusé de publier ce texte, purement technique. ( Jean-Pierre Petit, à ma demande, a accepté de rendre publique cette étude en anglais. Vous pouvez la télécharger en format word « zippé » pour 450 ko en cliquant ici)

Il y a quatre on cinq ans, madame Galbraith (selon le rapport publié par VSD « une personnalité de premier plan « ) , entamait un tour du monde. A cette époque elle entrait systématiquement en contact avec toute personne ayant, de près ou de loin, travaillé sur le dossier ovni. Elle aurait ainsi contacté Petit, épistolairement, lequel lui aurait répondu en lui envoyant le dossier « propulsion MHD », négligé par Sturrock et Vallée. L’idée était de faire figurer ce document à titre d’annexe, dans le rapport que madame Galbraith envisageait de rédiger. La réponse de cette dernière, selon Petit :

- Ceci est prématuré, au stade où nous en sommes du projet.

Le rapport reproduit par VSD évoque une réunion tenue à Pocantico, à proximité de West Point. Page 51 :

La participation française a été très remarquée. Elle comprenait le chef du SEPRA et deux membres du conseil scientifique. Un document de synthèse a souhaité que de nombreux pays se dotent d’une organisation de la recherche OVNI comparable à celle de la France .

Les Américains doivent se dire « ces Français ont bien de la chance » . En effet le SEPRA se trouve efficacement secondé par la Gendarmerie Française. Celle-ci est un organisme de type militaire, commandé par des généraux, des commandants, des capitaines. Mais l’image, dans le grand public, est assez différente, en dépit du port de l’uniforme. Le gendarme, dans l’esprit du Français, c’est le bon père de famille qui habite la ville ou le village. Ses brigades prennent en charge la sécurité des automobilistes, des alpinistes, ou des baigneurs. Il veille à la sécurité des personnes et des biens, jouit dans l’esprit du public d’une image très positive, très différente de celle d’un policier ou d’un membre de la DST, par exemple. Pourtant le Français moyen admet très bien que son autorité soit sans appel :

- Circulez, il n’y a rien à voir.

Les Américains ne possèdent aucun corps semblable. Pour monter des unités d’intervention gouvernementale sur les affaires d’ovnis, il lui faudrait faire appel au FBI, pour le moins.

Visiblement, les Américains rêveraient de posséder une structure aussi commode que le SEPRA. D’où peut-être cette entreprise conduite par Madame Galbraith, patronnée par Laurence Rockfeller. L’entreprise reste néanmoins problématique à cause de l’individualisme américain. Les journalistes américains sont aussi beaucoup moins contrôlables que leurs équivalents français. Se souvenir du … Watergate, qui entraîna la chute d’un Président des États-Unis, pour une simple affaire d’écoutes téléphoniques (ce qui eut été impensable en France).

L’équipe de madame Galbraith correspond-t-elle à une réelle volonté de levée de secret ? On peut franchement en douter, considérant la réaction de l’épouse de l’ancien ambassadeur des États-Unis en France vis à vis de la proposition faite par Jean-Pierre Petit (qui lui communiquait le compte rendu de ses travaux de MHD) ainsi que l’attitude de deux de ses plus proches collaborateurs (refus de collaboration en 1976, de la part de Sturrock, puis refus de publication de travaux dans la revue The Journal of Scientific Exploration, de la part du tandem Sturrock-Vallée).

Rappelons aussi que Jacques Vallée contribua longtemps à maintenir le dossier ovni dans un bel obscurantisme en prônant une explication « paranormale » , laquelle n’est pas prise en compte dans le rapport COMETA. Était-ce de la désinformation ?

Aucun journaliste (à part Robert Roussel) ne vient s’en prendre à Jean-Jacques Vélasco. Il est assez stupéfiant qu’on ait réussi à contenir la curiosité des Français pendant 22 ans avec des réponses aussi simples que :

- Des études sont en cours. Quand nous en saurons plus, nous vous tiendrons au courant.

Le rapport COMETA dénonce la désinformation. Voici, à ce sujet, une pièce à verser au dossier.

Au moment de la vague belge, Petit convainc une journaliste de Paris-Match, Marie-Thérèse de Brosse, de monter à Bruxelles avec lui. Tous deux rencontrent le colonel de Brower (devenu plus tard général), responsable du SOC, du Service des Opérations Combinées, intégré à l’OTAN. Petit a fait l’École Supérieure de l’Aéronautique de Paris, a été officier dans l’armée de l’air et de plus opérateur radariste. Favorablement impressionné, de Brower finit par leur dire :

- Bien que je n’aie pas le feu vert du Ministre de la Défense, je vais prendre sur moi de vous montrer les boites noires des F-16 (ceux qui avaient joué pendant 50 minutes une partie de cache-cache avec un ovni, dossier qui, au passage, se trouve maintenant couvert par le « confidentiel-défense » Belge).

Petit et la journaliste de Paris-Match se retrouvent donc devant les enregistrements des écrans radar des F-16 et réussissent à prendre quelques clichés, qui illustreront en pleine page l’article que Petit rédigera et que Marie-Thérèse de Brosse signera dès son retour au journal.

Tout cela entraînait une agitation qui risquait de dégénérer. Il se produisit alors, très peu de temps après, un événement : l’affaire de Caorge-Saint-Nicolas (près de Paris). Le public se trouva largement informé par un dossier réalisé par FR3, amplement diffusé. On pouvait voir une trace circulaire de près de vingt mètres de diamètre et de plus d’un mètre de profondeur, en plein milieu d’un champ de maïs. Ceux-ci étaient intacts en périphérie, parfaitement droits, et par contre absents dans la trace.

En arrière plan, le témoignage d’un paysan :

- Hmmm… à mon avis, c’est un ovni.

Gros plans sur Vélasco en train d’effectuer des prises d’échantillons dans des petits sachets de matière plastique, « pour analyse » . Petit me raconta qu’à l’époque son téléphone n’arrêtait pas de sonner : « Monsieur Petit, vous devriez monter. On tient là l’affaire du siècle ! « . Renseignement pris, aucun ovni n’avait été aperçu avant que la trace ne fut découverte. La nuit précédente un paysan avait simplement entendu un grondement sourd, comme une explosion étouffée. Perrin de Brichambaut et Petit pensèrent alors à la possibilité d’une mise à feu tardive et spontanée d’un obus ou d’une bombe datant de la seconde guerre mondiale, comme le cas s’était déjà produit plusieurs fois. Mais cela ne cadrait pas avec la forme de la trace. Les obus ou les bombes créent des cônes d’explosion, avec un fort rejet de terre ou de débris vers la périphérie. La trace de Caorge suggérait plutôt un effondrement, à moins que, comme dans la soupe aux choux, des extraterrestres facétieux et amateurs de maïs grillé ne soient venus carrément emporter une parcelle de terrain sur leur planète. Perrin et Petit connaissaient par ailleurs la forme caractéristique des cratères d’effondrement liés qui sont l’effet en retour des explosions nucléaires souterraines. Le phénomène est simple à comprendre. La charge est mise à feu, à une profondeur suffisante pour qu’il n’y ait pas de rejet de matériaux radioactifs en surface. Le matelas de terre est parcouru par une onde de choc et se soulève légèrement en surface. En profondeur la terre, soumise à une fantastique surpression, se trouve tassée. Il se forme une cavité de forme grossièrement sphérique qui, en s’effondrant sur elle-même, produit le cratère de surface, au bord parfaitement circulaire.

Il était logique que l’on puisse obtenir un effet comparable, à plus petite échelle, avec un explosif chimique. La charge étant alors plus près du sol, le soulèvement pouvait carrément enterrer les végétaux de surface. Et c’est ce qui se produisit à Caorge Saint Nicolas, où on retrouva après examen les maïs disparus… sous la terre.

Mais il y avait un problème. Selon les spécialistes rapidement consultés par Perrin de Brichambaut, pour créer ce type de cratère d’effondrement il fallait enterrer la charge à une profondeur qui soit au minimum de l’ordre du diamètre dudit cratère.

Assez rapidement, Vélasco déclara dans la presse : « il s’agit d’une bombe de la seconde guerre mondiale »

Si oui, de quel type de bombe ? Quel engin aurait pu pénétrer à plus de quinze mètres sous terre ? Les bombes de plus fort calibre ne pénètrent pas à une profondeur supérieure à quelques mètres. La terre constitue un obstacle très efficace vis à vis de projectiles, sinon on n’entourerait pas les blockhaus de sacs de sable.

Perrin connaissait un civil, totalement étranger à toute affaire d’ovni, un universitaire, historien de la seconde guerre mondiale. Grâce à celui-ci, Petit et lui apprirent que les alliés avaient tenté de mettre au point des bombes à très fort pouvoir de pénétration, pour essayer d’atteindre, pendant la seconde guerre mondiale, les galeries où étaient fabriqués les V2, dans des carrières de craie, des bombes très effilées chutant à vitesse supersonique. Mais les alliés, semble-t-il, n’obtinrent pas les effets escomptés.

Ceci étant, s’il s’agissait de ce type d’engin, notre historien aurait été très intéressé par pouvoir tenir en main des débris et de connaître le type d’explosif utilisé. Il démarcha alors auprès du CNES en ce sens.

Ceci créa une panique complète. Le site, jusque là largement ouvert à la presse, aux ufologues et aux curieux, fut immédiatement interdit au public. Un large cordon de sécurité fut installé, gardé par la gendarmerie nationale. Le CNES mobilisa des engins importants pour creuser le sol et récupérer le moindre débris. En parallèle notre historien reçut la visite .. de la DST, qui commença à le cuisiner sans ménagements.

- Pourquoi posez-vous des questions pareilles ?

- Je suis un simple historien de la seconde guerre mondiale. Il ne m’a paru indécent d’essayer d’obtenir des renseignements sur ces fameuses bombes à haut pouvoir de pénétration, qui auraient été utilisées par les alliés, lors de leurs raids contre des installations enterrées.

L’homme appela Petit et de Brichambaut :

- Je n’y comprends rien. Ces gens m’ont cuisiné pendant des jours. Ils ont fouillé dans ma vie, dans mon passé, de manière inimaginable…

Dès années plus tard, Petit évoqua devant moi un de ses derniers passages à la télévision. Il attendait d’être appelé sur le plateau, en compagnie de Vélasco et de l’ancien pilote d’Air France Greslé, auteur de plusieurs ouvrages sur les ovnis. Profitant de l’occasion, Petit interrogea Velasco devant Greslé, en lui demandant quels avaient été les résultats de l’enquête menée à Caorge Saint Nicolas.

- Caorge Saint Nicolas ? Non, je ne vois pas. Je ne me souviens pas d’une affaire de ce genre, bredouilla Vélasco. ..

- Enfin, insista Petit, vous vous rappelez bien, vous aviez été filmé par FR3 en train d’effectuer des prélèvements d’échantillons, dans cet énorme cratère !

Non, Vélasco ne se souvenait de rien. Il était devenu amnésique…..

Il n’est pas impossible que les services spéciaux français aient monté l’affaire de Caorge Saint Nicolas de toute pièce pour essayer de discréditer ceux qui s’intéressaient aux ovnis, et en tout cas pour faire diversion par rapport à cette vague Belge qui prenait des proportions inquiétantes (et qui entraîna au passage, autre diversion, la révélation inattendue de l’existence de l’avion furtif F-117A américain). Il serait alors relativement facile d’enterrer, par forage, une charge à la profondeur voulue, puis de la mettre à feu par télécommande. Ce type d’essai avait d’ailleurs vraisemblablement été fait maintes fois par l’ETCA, pour simuler les effets d’explosions nucléaires souterraines, à échelle réduite. Cela pouvait constituer « une bonne trace d’ovni » , à tout prendre. Des gens s’attendaient peut être à ce que Perrin et Petit aillent sur place déclarer avec emphase « vous voyez, voici la trace irréfutable d’atterrissages d’ovnis ! » .

Le hic est que dans ces conditions toutes les traces de l’opération restaient emprisonnées dans le sol, dont des débris qui auraient pu permettre de montrer qu’il s’agissait d’un explosif moderne et non d’une charge datant de la seconde guerre mondiale. D’où cette précipitation pour faire disparaître toutes ces traces et cette amnésie de Vélasco, des années plus tard.

Mais en fait, les services officiels, les militaires, les politiques, n’ont pas grand chose à craindre. Qui aurait poussé cette affaire jusqu’au bout ? Qui aurait fait ces carottages, financé les analyses ? La presse française ? Allons donc……

Le rapport COMETA dénonce l’attitude de la presse. Voici un autre élément.

Au moment de la sortie de son livre « Enquête sur des extraterrestres qui sont déjà parmi nous » , Petit se trouve invité à la télévision, à l’occasion d’une émission-débat animée par le journaliste Berkoff. Venant d’Aix-en-Provence par un train de nuit, il débarque à la gare de Lyon aux aurores et gagne aussitôt le café le plus proche du plateau de télévision, où l’émission devait être enregistrée à onze heures. Selon son témoignage, il voit alors arriver, les uns après les autres, des gens comme François Louange (VSD, page 47), lequel lui déclare, d’entrée de jeu :

- Des « textes ummites » , moi je peux vous en créer à la pelle !

- Attention, lui rétorque Petit. Si vous me dites cela sur le plateau, je vous mettrai au défi de le faire et vous aurez bien du mal à composer des textes que je ne parviendrai pas à identifier. Il faut, pour créer une telle prose, dominer de larges pans de science de haut niveau.

Louange se le tint pour dit et n’intervint pas durant le débat. Même chose pour un spécialiste des effets spéciaux à qui Petit, en quelques phrases, expliqua qu’annihiler une onde de choc devant un objet se déplaçant à vitesse supersonique relevait de la science, non de l’illusion.

Mais soudain, vers 10 heures, la surprise de choc. Payan, toujours lui, apparut à la porte du café, venu sans doute donner ses dernières instructions à « ses troupes » . Selon Petit, dès qu’il l’aurait aperçu, il aurait fait demi-tour et détalé comme un lapin. Si oui, que diable cet homme était-il venu faire juste avant cette émission ?

Dans un texte comme celui produit par l’association COMETA, ce qui est intéressant, c’est également ce qui ne s’y trouve pas. Pourtant on a vu que les positions adoptées ne reculaient devant aucune hypothèse. Les auteurs développent sans prendre de gants la présomption que les États-Unis pourraient avoir établi des contacts avec une ou plusieurs ethnies issues d’autres planètes que la nôtre. Mais alors, quid de l’affaire UMMO ?

Je m’intéresse de longue date à ce dossier et le lecteur pourra avoir accès à un bon nombre de ces « lettres Ummites » dans différents sites, à commencer par « http://perso.wanadoo.fr/ummo.textes-essentiels« .

On notera au passage qu’un des buts de l’ouvrage publié par Jean-Jacques Vélasco et Jean-Claude Bourret avait été de tenter de réduire cette affaire à une manipulation émanant de l’ex-Union Soviétique, et cela sans argumentation réellement crédible.

COMETA se veut ouvert à toutes les hypothèses.

Les livres publiés par Jean-Pierre Petit aux éditions Albin Michel :

- Enquête sur des extraterrestres qui sont déjà parmi nous

- Le Mystère des Ummites

contiennent assez d’informations intrigantes et sont étayés par un nombre suffisant de travaux scientifiques de qualité pour qu’il soit difficile de rejeter cette affaire d’un simple revers de main. En tout état de cause, ce dossier mériterait analyse, de même que la thèse, que Jean-Pierre Petit tente de construire au fil des années, en la jalonnant de publications scientifiques de haut niveau, orientée vers une modélisation de voyages interstellaires, en utilisant un « univers jumeau » doté d’une vitesse de la lumière supérieure à celle qui caractérise notre propre espace-temps.

Pourquoi un mutisme aussi complet des auteurs du rapport COMETA sur un dossier aussi étonnant?

On trouve cependant une phrase assez curieuse dans le rapport COMETA, page 59, au chapitre « 10.6 : A quoi devons-nous nous préparer ? » . On sait que les documents Ummo indiquent que leur premier contact avec la Terre aurait été effectué près de la ville de Digne, sur un contrefort rocheux « non loin de la montagne du Cheval Blanc » . Ces expéditionnaires auraient alors foré une galerie et ménagé un abri d’assez petites dimensions  » qui existerait toujours, bien qu’ayant été soigneusement camouflé » , toujours selon ces textes. Or parmi les éventualités recensées dans le rapport COMETA se trouve:

« la découverte fortuite ou non d’une microbase ou d’une base sur un point quelconque du territoire ou de l’Europe ».

Autre détail : les textes Ummites indiquent que des bases plus importantes existeraient en Allemagne de l’Est et en Espagne, dans la sierra de Gredos.

Si les membres de l’association COMETA envisagent avec le plus grand sérieux que les Américains puissent être en contact avec des ethnies extraterrestres, pourquoi, dans ces conditions, ne pas envisager que des contacts semblables aient pu être établi, d’abord avec des espagnols, puis avec un chercheur français (épistolairement) ?

Je crois qu’il faut rappeler que jamais Jean-Pierre Petit, dans aucun de ses livres, n’a pris de position affirmée vis à vis de ce dossier, se réservant même « de présenter tous ses compliments aux auteurs d’une telle mystification, ou manipulation d’aussi longue durée, s’ils se trouvaient un jour confronté à des auteurs, bien terriens, de ces textes » .

Je me suis largement servi, en composant ce dossier, du contenu de ses différents livres, qui font de facto, partie du domaine public. Je sais qu’il a désormais décidé de ne plus se prononcer, ni dans les médias, ni dans de nouveaux livres, sur les sujets ovni et l’affaire Ummo, estimant que c’était là une démarche vaine. L’absence de toute référence à ces dossiers dans son site Internet http://www.jp-petit.com en est le signe et j’espère qu’il ne m’en voudra pas d’avoir dans ce texte fait d’aussi nombreuses références à ses écrits. Néanmoins, J.P. Petit a des « fans ». A leur intention, il continue de diffuser informations et réflexions, d’une manière que l’on pourrait qualifier de « semi-confidentielle », par le biais de l’association GESTO dont il s’occupe et qu’il avait créée avec le regretté Christian Perrin de Brichambaut.

Ma conclusion.

Le rapport publié par l’association COMETA, tout en étant fort intéressant et instructif, me semble d’une part incomplet (absence de référence à des éléments importants du dossier ovni, présomptions d’absence d’informations, probablement parce que celles-ci relèvent du « Secret Défense », passage sous silence de certains faits d’histoire), d’autre part, mais c’est peut-être une impression, manquer de cohérence. Peut-être, précisément, parce qu’il ne s’agit que « d’extraits » ?.

Ceci étant, l’autre intérêt du rapport COMETA est d’être une puissante opération de sensibilisation l’adresse du grand public, dans l’optique d’un possible contact qui échapperait à une structure politique ou militaire. Souvenez-vous de la fin du film « Rencontre du 3° type » !…

André-Jacques Holbecq, ancien pilote « Concorde »

  

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