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JACQUES VALLEE : 5 ARGUMENTS CONTRE L’ORIGINE EXTRATERRESTRE DES OVNIS 30 mars, 2009

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JACQUES VALLEE : 5 ARGUMENTS CONTRE L'ORIGINE EXTRATERRESTRE DES OVNIS dans Exo-contacts jse_thumbJournal of Scientific Exploration, Pergamon Press, vol. 4, n° 1, 1990, pp. 105-117.

Par Jacques Vallée

Dans l’ensemble, l’opinion des scientifiques a suivi la conviction du public, selon laquelle soit les objets volants non identifiés n’existent pas (c’est l’ »hypothèse du phénomène naturel »), ou bien ils constituent la preuve de visites que nous rendraient des voyageurs de l’espace plus avancés que nous (c’est l’hypothèse extraterrestre, en abrégé : HET). L’auteur estime que la recherche sur les ovnis n’a pas à être restreinte aux 2 termes de cette alternative. Au contraire, les données accumulées tendent à montrer, de diverses manières, que les ovnis existent bel et bien, qu’ils relèvent d’un phénomène précédemment non reconnu, et que les faits ne corroborent guère l’hypothèse de « visiteurs de l’espace », tels qu’on les conçoit ici généralement. Cinq arguments spécifiques, que voici, contredisent l’hypothèse extraterrestre :

les rencontres rapprochées sont beaucoup plus nombreuses que ne l’exigerait toute exploration physique de notre planète ;

la morphologie humanoïde des prétendus « visiteurs » a peu de chances d’être apparue sur une autre planète, et d’un point de vue biologique, elle est mal adaptée au voyage dans l’espace ;

le comportement rapporté dans des milliers de récits d’enlèvements est en contradiction avec l’hypothèse d’expérimentations génétiques ou scientifiques menées sur des humains par une race plus avancée ;

la présence du phénomène tout au long de l’histoire prouve que les ovnis ne constituent pas une manifestation propre à notre époque ;

l’apparente aptitude des ovnis à manipuler l’espace et le temps suggère des hypothèses radicalement différentes et plus riches, dont 3 seront suggérées en guise de conclusion.

Hypothèses de départ

Au cours des 40 dernières années, on a pu assister au développement continu d’une classe de phénomènes aériens connus sous le nom d’Objets Volants Non Identifiés (OVNIs). Après une brève tentative visant à expliquer les observations en termes de prototypes secrets (« l’hypothèse de la technologie avancée »), 2 hypothèses principales ont retenu l’attention du public, des media et des scientifiques. Ce sont l’hypothèse des phénomènes naturels et celle de l’origine extraterrestre.

Une grande majorité de la communauté scientifique, ignorant tout des observations, à l’exception de celles que rapporte parfois la grande presse, persiste à croire à l’hypothèse des phénomènes naturels. Selon cette hypothèse, toutes les observations pourraient être ramenées à des erreurs de perception ou à l’observation de phénomène atmosphériques classiques ou d’artefacts quelconques, éventuellement combinés à des illusions de nature psychologique mal connues et ne relevant pas de la physique. En conséquence, aucun apport de connaissance nouvelles ne saurait résulter d’une étude approfondie des observatiosn par des scientifiques professionnels, à l’exception, peut-être, de la perspective d’affiner légèrement les données relatives à certains états anormaux de la perception.

La majeure partie du public et la quasi-totalité des ufologues penchent pour l’HET, l’hypothèse selon laquelle les ovnis seraient des engins matériels contrôlés par des êtres intelligents venus d’une autre planète, qui se livreraient depuis la 2nde guerre mondiale à une étude scientifique de la Terre, un peu comme nous envisageons d’explorer nous-mêmes de lointaines planètes. Dans cette interprétation du phénomène, l’étude scientifique en question comporterait la reconnaissance des sites stratégiques, la collecte d’échantillons de minéraux et de végétaux, ainsi qu’une interaction complexe avec l’Homme et la faune terrestre.

Depuis quelques temps, l’examen des cas d’enlèvements de témoins a apporté des éléments nouveaux, dans lesquels bien des chercheurs croient voir la preuve d’interventions biologiques, par lesquelles des visiteurs extraterrestres recueilleraient des échantillons de tissus humains et de fluides corporels destinés à des expériences de croisement et à des manipulations génétiques.

Remises en cause

L’accumulation lente mais régulière de récits détaillés, ainsi que la poursuite des recherche sur les cas anciens permettent de tester ces hypothèses à la lumière d’une base de données sans cesse plus étoffée.

L’hypothèse des phénomènes naturels résiste mal à l’examen. De nombreux récits comportent des paramètres physiques et biologiques tout à fait précis, concernant l’interaction entre le phénomène et l’environnement. Une communication de Jean-Jacques Vélasco, lors de la conférence tenue en 1989 par la Société pour l’Exploration Scientifique, précisait que pas moins de 38 % des cas étudiés en France par le Centre National d’Etudes Spatiales n’avaient pu être réduites à des phénomènes naturels [Vélasco, Jean-Jacques, "Methods, processing and analysis of data concerning unidentified aerospace phenomena", Conférence de la Société pour l'Exploration Scientifique (SSE), Boulder, Colorado, 1989].

Parmi les interactions avec l’environnement les plus fréquemment rapportées, on peut citer : abrasions, brûlures, effets sur les plantes, les animaux et l’Homme. Le travail effectué à Trans-en-Provence par Vélasco et Bounias en offre un exemple [Vélasco, Jean-Jacques, "Enquête 81/01 - Analyse d'une trace - Note Technique n° 16", mars 1983. Peut être obtenue au CNES à Toulouse] [Bounias, Michel, Analyse publiée dans "Note Technique n° 16". Peut être obtenue au CNES à Toulouse]. On en trouvera d’autres dans l’exposé des recherches que j’ai personnellement effectuées au Brésil, au cours des 10 dernières années [Vallée, Jacques, Confrontations. Robert Laffont, Paris, octobre 1991. Un résumé des études de cas brésiliens fut aussi présenté à la conférence du MUFON en juillet 1989, à Las Vegas, Nevada], et dont j’ai présenté un résumé au congrès du MUFON de juillet 1989, à Las Végas. Les phénomènes observés comprennent des effets de radiations qu’aucune combinaison de causes physiques et psychologiques connues n’a pu expliquer.

Toutefois, l’HET se trouve elle aussi remise en cause, de plus en plus, par ce que découvrent maintenant les chercheurs. Les points d’achoppement se résument aux 5 arguments que voici :

1er argument : la fréquence des rencontres rapprochées

Il y a une vingtaine d’années, lorsque j’ai constitué le 1er catalogue de rencontres rapprochées (en 1969), j’ai eu la surprise de constater qu’il comportait plus de 900 cas : c’était beaucoup plus que ce à quoi la plupart des chercheurs pouvaient s’attendre. Faisant maintenant l’objet d’une plus grande attention, les affaires de ce genre nous sont désormais accessibles en beaucoup plus grand nombre. Selon les estimations, et selon les critères utilisés, on connaîtrait entre 3000 et 10 000 cas. Leur nombre n’est probablement pas inférieur à 5000.

Ce nombre considérable constitue un argument contre l’hypothèse des phénomènes naturels : si les ovnis se réduisaient à un phénomène atmosphérique tel qu’une décharge de plasma, la plupart des cas non encore non identifiés pourraient trouver une explication. Il faut souligner en outre que nous ne sont intéressons pas ici aux ovnis vus dans le ciel, mais seulement aux rencontres rapprochées, dans lesquelles les témoins ont affaire à un phénomène qui se trouve dans leur environnement immédiat.

Le même argument peut être avancé contre l’HET : il est difficile d’imaginer des voyageurs de l’espace ayant besoin de se poser 5000 fois sur une planète en analyser le sol, prélever des échantillons de la faune et de la flore, et en dessiner une carte complète. L’HET n’était pas contredite, en 1969, par les 923 cas d’atterrissages de notre catalogue, mais il en va tout autrement aujourd’hui.

En outre, 5000 constitue une estimation beaucoup trop faible. De nombreux signes nous indiquent que seulement 1 observation sur 10, environ, finit par être répertoriée. Le nombre de rencontres rapprochées serait donc plutôt de l’ordre de 50 000. De plus, cette estimation néglige le fait qu’une très grande majorité des cas que nous connaissons se sont produits en Europe, sur le contient américain et en Australie. Il y a lieu de supposer que le phénomène affecte l’ensemble de la planète, ce qui nous conduit à multiplier notre estimation au moins par 2, et qui nous amène à quelques 100 000 cas.
Figure 1 – Fréquence des rapports de rencontres rapprochées, en fonction de l’heure de la journée. A : 362 cas, avant 1963, tous les pays ; B : 375 cas, entre 1963 et 1970, tous les pays ; C : 100 cas, limités à l’Espagne et au Portugal

Si nous nous bornons à une interprétation stricte de l’HET, cette estimation reste inférieure au nombre réel des explorateurs extraterrestres se poseraient sans tenir compte de l’éventuelle présence de témoins ? En fait, Poher et moi avons abouti en 1975 (à partir de bases de données différentes) à la conclusion que la distribution géographique des rencontres rapprochées traduit un souci d’éviter les zones les plus peuplées [Poher, Claude et Vallée, Jacques, "Basic Patterns in UFO observations", présenté à la 13ème Conférence des sciences aérospatiales de l'institut américain d'aéronautique et d'astronautique à Pasadena, Californie, le 20 janvier 1975, article AIAA n° 75-42]. En suivant ce raisonnement, compte tenu de la proportion entre les zones peu peuplées et celles qui le sont fortement, nous pouvons encore multiplier notre estimation par un facteur 10, et nous obtenons le chiffre de 1 million d’atterrissages. En d’autres termes, si les habitants étaient uniformément répartis sur le terres émergées, et s’ils faisaient connaître toute rencontre rapprochée s’était effectivement déroulée, le nombre de cas serait de l’ordre de 1 million.

Cette estimation ne tient pas compte d’une autre caractéristique du phénomène : le fait qu’il se produit majoritairement la nuit. Ce caractère, révélé pour la 1ère fois en 1963, se retrouve aussi bien parmi les cas les plus récents, et on observe la même distribution horaire lorsqu’on examine un échantillon très homogène de cas inédits provenant d’une région donnée [Poher et Vallée, 1975].

La figure 1 indique la répartition des rencontres rapprochées en fonction de l’heure, pour 3 échantillons disjoints : un catalogue international de 362 cas antérieurs à 1963 (A), un autre catalogue international comprenant 375 cas des années 1963 à 1970 (B), et 100 affaires qui se sont produites en Espagne ou au Portugal.

Les 3 courbes correspondantes montrent que l’on connaît peu de rencontres rapprochées survenues le jour. Le phénomène devient actif vers 17 h, et sa fréquence passe par un maximum vers 21 h, décroît ensuite, croît à nouveau pour atteindre un maximum secondaire vers 3 h du matin, puis retombe, dès 6 h, à un niveau faible.
Figure 2 – Fréquence des cas de rencontres rapprochées comprenant des effets électromagnétiques, en fonction de l’heure de la journée [F. Merritt, basé sur UFOCat]

Après la publication de ces résultats, d’autres chercheurs se sont penchés sur la question, et ils ont abouti à des distributions semblables. En particulier Merritt, en 1977, travaillant à partir du catalogue UFOCat établi par Saunders, a trouvé que les cas avec effets électromagnétiques, traces matérielles ou observation de personnages, présentaient un maximum à 21 h, et qu’ils étaient rares le jour [Merritt, Fred, "Statistical Notes on the UFO Phenomenon", Bulletin du CUFOS, hiver 1977]. Les rencontres du 3ème type présentaient un pic secondaire vers 3 h du matin (figure 2).

En 1981, Jenny Randles a étudié 223 cas provenant des archives de 2 groupes britanniques [Randles, Jenny, UFO Study, Londres, Robert Hale, 1981], et elle a également abouti au constat d’une forte activité nocturne, avec un maximum le soir et un autre, moins marqué, juste avant l’aube. Toutefois, les cas d’enlèvements présentaient un maximum vers minuit (figure 3).

Connaissant cette distribution horaire stable, nous sommes amenés à nous demander quelle serait son allure si le nombre de témoins potentiels était constant, en d’autres termes, si tant de gens n’avaient pas tendance, la buit, à dormir. On peut approcher la réponse à partir de la distribution, en fonction des heures de la journée, du nombre de personnes se trouvant dehors [Szalai, 1972], et en corrigeant en conséquence heure par heure, pour atteindre un maximum vers 3 h du matin. On constate également que le nombre d’observations, toujours dans la même hypothèse, devrait être 14 fois supérieur à celui que nous connaissons. Il en résulte que l’HET, comprise dans son sens strict, conduit à une estimation totale d’environ 14 millions d’atterrissages en 40 années.

Une question se pose alors : quels objectifs pourraient bien poursuivre des extraterrestres qui auraient besoin de se poser 14 millions de fois sur notre planète ?
Figure 3 – Fréquence des cas de rencontres rapprochées comprenant des enlèvements en fonction de l’heure de la journée

Il ne faut pas perdre de vue que la surface de la Terre est clairement visible depuis l’espace, ce qui n’est pas le cas de planètes telles que Vénus, enveloppées dans des atmosphères denses. De plus, nous avons émis depuis le début du siècle, sous forme d’ondes radio, une grande quantité d’informations concernant tosu les aspects de nos diverses cultures, auxquelles sont venus s’ajouter depuis 30 ans les émissions de télévision. Il est donc possible d’acquérir à distance toutes sortes de connaissances sur notre civilisation, sans même avoir besoin de s’introduire parmi nous. Certes, la collecte d’échantillons matériels imposerait la nécessité d’atterrissages, mais elle pourrait être menée à bien sans débarquements, grâce à des missions soigneusement programmées, à la manière de nos sondes Viking opérant sur Mars. Toutes ces considérations semblent donc contredire l’HET.

Argument n° 2 : la physiologie des êtres

Une très grande majorité des « ufonautes » observés sont de type humanoïde, avec 2 jambes, 2 bras, et une tête pourvue d’organes sensoriels comparables aux nôtres, en nombre égal et de même aspect. Leur langage utilise la même gamme de fréquences que le nôtre, et leurs yeux sont adaptés, dans le spectre du rayonnement électromagnétique, aux mêmes longueurs d’onde que les nôtres. Tout cela indique une architecture génétique qui ne devrait être guère différente de son équivalent humain.

Si ces êtres étaient bien le produit d’une évolution planétaire, comme le voudrait l’HET, les remarques que nous venons de faire devraient prolonger le champ de nos connaissances en biologie. L’Homme, en effet, partage avec de nombreuses créatures proches de lui par le processus d’évolution de leur espèce un ensemble de particularités liées à la pesanteur terrestre, à l’exposition au rayonnement solaire, aux caractéristiques de l’atmosphère et à la composition chimique de l’environnement, alors même que certaines de ces créatures présentent, par rapport à l’Homme, des différences de morphologie considérables, au point de n’avoir ni jambes ni bras, comme les dauphins, ou de posséder des yeux multiples, comme les araignées.

N’oublions pas non plus que la morphologie humaine s’est constituée en réponse à des contraintes très précises imposées par le milieu. Ainsi, elle ne serait pas ce qu’elle est, si la masse de la Terre avait été double de celle que nous connaissons, ce qui aurait eu pour conséquence une accélération de la pesanteur, au niveau du sol, égale à 1,38 g. Une telle contrainte aurait abouti au développement d’un squelette plus robuste, et il aurait même pu interdire l’essor des bipèdes. De même, sur une planète de masse 2 fois moindre que celle de la Terre, avec une accélération de la pesanteur de 0,73 g seulement à sa surface, nous n’aurions pas la même morphologie. Comme l’a montré Dole [Dole, Stephen, Habitable Planets for Man, N. Y., Blaisdell, 1964] en 1969, si l’inclinaison du plan de l’équateur par rapport à celui de l’orbite terrestre, n’avait pas été de 23,5 °, mais de 60 °, les variations climatiques liées aux saisons seraient pour nous insupportables. La vie aurait eu beaucoup de mal à se développer, et l’Homme ne saurait être tel qu’il est. Si un jour durait 100 h et non 24, nous ne serions pas non plus ce que nous sommes.

Comment, dès lors, pourrions-nous nous attendre à des visiteurs extraterrestres issus d’un environnement planétaire très différent du nôtre, qui non seulement nous ressembleraient physiquement, mais en outre respireraient notre atmosphère et macheraient normalement sur notre sol ?

Même si, sous l’effet de quelque loi inconnu de l’exobiologie, les ufonautes avaient tout naturellement acquis une morphologie comparable à la nôtre, n’auraient-ils pas pu la corriger, par des techniques de génie génétique, pour améliorer leur capacité à travailler et à survivre dans l’espace, ainsi que nous pourrions être tentés de le faire nous-mêmes, dès le siècle prochain ?

On peut s’opposer à ce dernier argument, en supposant que nos « visiteurs » sont précisément le produit de telles manipulations génétiques, en vue d’une interaction possible avec nous. Mais si tel était le cas, pourquoi ne pas produire des individus biologiquement identiques à nous ? L’HET n’apporte aucune réponse satisfaisante à cette question. Plus étonnant encore est le fait que les « ufonautes » semblent avoir, en certains cas, manifesté des sentiments quasiment humains, tels que l’étonnement, la curiosité ou l’amusement (comme dans l’affaire Betty Hill, en 1961, ou dans celle de Valensole, en 1965). Cela suggère non seulement une similitude biologique, mais une acculturation poussée. En somme, la physiologie des « ufonautes » s’apparente à la biologie et à la culture humaines à un point qui n’est pas compatible avec l’HET.

Argument n° 3 : les cas d’enlèvements

Le nombre croissant de cas d’abductions est mis en avant par une frange bruyante de la communauté ufologique dans le but de montrer que nous serions, en fait, visités par des extraterrestres, même si leur origine n’a pas encore été révélée. Or, un examen attentif des comportements prétendumment observés chez les « ufonautes » peut aussi bien servir à étayer la thèse opposée.

Selon les publications ufologiques récentes, les cas d’abductions se compteraient désormais par milliers. Les incidents de ce genre sont caractérisés par le fait que le témoin rapporte avoir été emmené dans un local, souvent sphérique ou hémisphérique, pour y subir une sorte d’examen médical. Souvent (mais pas toujours), il y a prélèvement de sang, diverses formes d’actes sexuels, et perte de la notion de temps. L’événement dans son ensemble est fréquemment effacé de la mémoire de l’intéressé, de sorte qu’on ne peut en avoir connaissance que par le recours de l’hypnose.

Actuellement, plus de 600 « abductés » ont été interrogés par des ufologues, parfois avec l’assistance de psychologues cliniciens. Bien qu’il semble que ces tentatives ne nous aient rien appris de très concret quant à l’origine et aux buts de nos visiteurs, ceux qui mènent ce genre d’enquêtes ont souvent tendance à affirmer que les cas d’abduction constituent une preuve supplémentaire en faveur de l’HET.

Pour examiner cette question, imaginons une intelligence extraterrestre ayant à la fois les moyens et la volonté de visiter la Terre. On peut raisonnablement supposer que de tels visiteurs en sauraient au moins autant que nous dans les disciplines scientifiques fondamentales telles que la physique et la biologie. Bien peu d’ufologues, d’ailleurs, refusent ce postulat.

En particulier, ces visiteurs n’ignoreraient probablement rien des techniques et procédures médicales connues de nos praticiens. De nos jours, le médecin américain moyen est capable de prélever sang, sperme, ovules ou échantillons de tissus, sans laisser de cicatrices permanentes ni infliger de traumatisme à ses patients. L’état actuel de la biologie moléculaire (une science qui, sur Terre, en est à ses balbutiements) permettrait déjà à leurs médecins d’obtenir à partir de ces prélèvements des informations sur l’ »empreinte » génétique du sujet. Il pourrait également fertiliser des ovules et pratiquer la fécondation in vitro, et l’on peut concevoir que, par la technique du clonage, il puisse même reproduire sans limites des individus identiques.

Une équipe de scientifiques disposant de la technologie couramment associée aux ovnis serait à même de prendre le contrôle des banques du sang et de banques du sperme, ou d’embryons stockés dans des hôpitaux où l’on pratique la recherche, sans avoir à créer des incidents aussi peu discrets que les cas d’abduction. Disposant des techniques de pointe de la médecine américaine actuelle, ils pourraient, à l’aide de ce stock de matériaux génétiques, donner un nouveau départ à la race humaine. Même la thérapie génique et la création d’espèces hybrides, si elles ne font pas encore l’objet de pratiques courantes, ne se situent pas au-delà du champ des théories actuelles. Rien de tout cela ne justifie le comportement des « médecins ufonautes » tel qu’il nous est rapporté par les victimes d’enlèvements.

La pharmacopée courante fournit en outre les moyens d’effacer, dans leur mémoire, les souvenirs de ces incidents. Quels que soient les buts des prétendus « extraterrestres », s’ils réalisent effectivement sur les personnes qu’ils enlèvent ce qui apparaît comme des simulacres grossiers et cruels d’expériences biologiques, il y a peu de chances pour qu’il s’agisse là d’une mission scientifique. Il semble qu’il faille chercher des réponses dans de tout autres directions.

Argument n° 4 : l’histoire du phénomène

L’HET a été formulée pour la 1ère fois à une époque où les plus anciennes observations connus ne dataient que de la 2nde guerre mondiale. On pouvait alors soutenir que ce conflit majeur avait été observé de l’espace, et que les premières explosions nucléaires avaient conduit des extraterrestres à la décision d’observer notre planète, peut-être dans l’objectif d’évaluer la menace que la race humaine pouvait faire planer sur d’autres formes de vie intelligente.

L’accumulation incessante de données concernant des phénomènes analogues, survenus non seulement avant 1945, mais aus 19ème siècle, et même à des époques plus reculées, a fini par devenir convaincante, même s’il est des ufologues qui considèrent que ce dossier ne présente guère d’intérêt.

S’il est possible d’établir que le phénomène s’est réellement manifesté tout au long de notre histoire, se bornant à adapter ses apparences, mais non sa structure sous-jacente, aux concepts propres aux cultures visitées, alors il y a bien peu de chances que nous ayons affaire à des extraterrestres étudiant la Terre. Et il ne s’agit pas d’avantage de prototypes avancés. Je le répète, il nous faut chercher des explications d’un genre plus élaboré.

Dans des publications antérieures, j’ai insisté sur le fait que des phénomènes aériens très comparables à nos ovnis ont été observés au 19ème siècle, sous laforme de vaisseaux célestes, de dirigeables à l’époque de Jules Verne, de fusées fantômes en 1946 et, plus récemment, de vaisseaux spatiaux, comme si le phénomène s’adaptait aux concepts humains du moment. Tout se passe comme s’il gardait constamment une longueur d’avance par rapport à notre technologie. Au cours des 10 dernières années, alors que la biologie moléculaire acquérait plus de prestige que l’électronique, et même que la recherche spatiale, il ne faut pas s’étonner de voir les « extraterrestres » se livrer à des simulacres d’interventions génétiques. Les tenants de L’HET pourraient bien être tombés dans le piège consistant à lire le message au 1er degré.

De telles considérations d’ordre historique, associées à des recherches poussées sur la mythologie et le folklore [Méheust, Bertrand, Science-Fiction et Soucoupes volantes (1978) et Soucoupes volantes de folklore (1985). Les 2 livres furent publiés à Paris par le Mercure de France], ont conduit des chercheurs européens tels que Méheust (1978, puis 1985) et Evans (1986) à considérer l’ensemble du phénomène ovni comme une projection du conscient des témoins. Ils font remarquer que la science-fiction et les légendes, elles aussi, gardent une avance sur les réalisations humaines du moment. Cette « hypothèse psychosociologique » a soulevé de la réprobation considérable chez les ufologues américains, et elle a créé un profond fossé entre les ufologies européennes et américaine, la 1ère proposant une lecture au 2ème degré, de nature symbolique, des récits des témoins.

Les cas d’enlèvement présentent un intérêt tout particulier pour les partisans de la théorie psychosociologique : il est difficile de trouver, sur Terre, une culture qui n’ait pas sa tradition ancienne concernant des petits personnages qui volent et qui enlèvent les humains (comme je l’ai écrit en 1969 et 1988). Il est classique que ces personnages conduisent leurs victimes dans des locaux sphériques, uniformément éclairés, où il leur font subir divers traitements tels que des opérations pratiquées sur les organes internes et des « voyages en astral » vers des paysages inconnus. Actes sexuels et opérations génétiques sont également monnaie courante, dans le folklore.

Argument n° 5 : considérations d’ordre physique

Au fur et à mesure que les témoins montrent moins de réticences à rapporter leurs expériences, la notion d’ovni en tant que « vaisseaux spatiaux de quelqu’un d’autre » (selon les termes de Friedman), avec tout ce que cela implique de technologie et de systèmes de propulsion, devient de moins en moins défendable, et il est possible que, d’un point de vue scientifique, elle présente moins d’intérêt que certaines autres notions. Mais les autres tentatives d’explication, et singulièrement l’hypothèse psychosociologique, sont elles-mêmes durement remises en cause.

Les phénomènes restant à expliquer comprennent non seulement d’étranges machines volantes décrites comme des objets physiques par les témoins, mais également des objets et des êtres qui ont la capacité d’apparaître et de disparaître de manière soudaine, de changer de forme et de se fondre dans d’autres objets physiques. De tels récits paraissent absurdes, en termes de physique ordinaire, car ils suggèrent une maîtrise de l’espace et du temps sans commune mesure avec nos possibilités actuelles. Toutefois, si ces événements peuvent être confirmés, soit par l’observation directe, soit par la photographie, soit encore par le biais de statistiques, ils peuvent représenter une occasion de mettre à l’épreuve de nouvelles idées de la réalité physique, en un temps où de nombreux théoriciens manipulent le concept d’univers à N dimensions, N étant supérieur à 4.

Nouvelles hypothèses
Tableau 1 – Hypothèses classiques

Technologie avancée

Phénomènes naturels

Hypothèse Extra-Terrestre

Hypothèse Psycho-Sociologique

En conclusion, il est utile de réfléchir à plusieurs hypothèses qui vont au-delà des hypothèses classiques énumérées dans le tableau 1. Ces idées tiennent compte, avec divers degrès de succès, des 5 objections que nous avons développées. Il ne faut voir, dans ces hypothèses nouvelles (voir tableau 2), rien d’autre que des thèmes de réflexion.

L’une de ces hypothèses a été avancée en 1982 par Devereux [Devereux, Paul, Earth Lights, Welligborough, Turnstone Press, 1982], qui suggérait que les ovnis pouvaient n’être que des « lumières sismiques », un phénomène physique mal connu, supposé capable d’agir sur la conscience des témoins en créant des images mentales ayant peut-être un contenu mythologique. Derr et Persinger ont poussé plus loin les idées de Devereux.

Tableau 2 – Nouvelles hypothèses

Lumières sismiques

Système de contrôle

Voyage par « trous de vers »

Au milieu des années 1970s, j’ai émis l’idée que les ovnis pouvaient être un système de contrôle, sans me prononcer sur sa nature possible (humaine, extra-humaine ou simplement naturelle). Les exemples de systèmes de contrôle, qu’il agissent sur le monde physique ou sur les sociétés, abondent autour de nous. On en trouve dans les mécanismes régulateurs de l’équilibre de la planète, ainsi que des processus écologiques et économiques. Certains d’entre eux sont très bien compris par la science. Cette théorie présente 2 variantes intéressantes :

Une intelligence non humaine, peut-être installée sur Terre, pourrait nous entraîner vers un nouveau type de comportement. Ce pourrait être « le phénomène Visiteurs » que décrit Strieber (1987), ou une quelconque forme de « super-nature ».

Ou bien, dans une interprétation jungienne du même thème, l’inconscient collectif de l’humanité pourrait projeter une imagerie nécessaire à sa survie à long terme, bien au-delà des conflits sans précédent qui ont ravagé notre siècle.

En Grande-Bretagne, Jenny Randles a mis en lumière le fait que l’analyse des récits de personnes enlevées révèle l’existence d’un point de rupture dans le temps, au-delà duquel le sujet échappe à la réalité ordinaire. Passé ce point de rupture, la physique que nous connaissons ne semble plus s’appliquer, et le sujet semble évoluer comme dans un rêve lucide (bien souvent, un cauchemar lucide), jusqu’à son retour à l’état normal. C’est ce que Randles appelle le Facteur Oz. On peut, dans cette ligne de pensée, supposer l’existence d’un état particulier de fonctionnement du cerveau, qui altérerait la perception de l’environnement physique, tout en produisant des traces et des phénomènes lumineux perceptibles par d’autres témoins, demeurés dans leur état normal.

Finalement, on peut imaginer des visiteurs extraterrestres utilisant des moyens radicaux de manipulation de l’espace-temps, notamment des « trous de vers » à 4 dimensions, pour voyager dans l’espace et peut-être même dans le temps [Sur ce sujet, voir Morris, Michael S., Thorne, Kip S. et Yurtserver, Ulvi, "Wormholes, Time Machines and the Weak Energy Condition" dans Physical Review Letters, vol. 61, n° 13, 26 septembre 1988. Sur les modèles multi-dimensionnels, voir "The Self Reproducing Universe" par Mallowe, Engène F., Sky and Telescope, septembre 1988, p. 255]. Sur cette question, on peut se reporter à Morris, Thorne et Yurtsever (1988). Sur les modèles d’espaces multidimensionnels, voir Malove (1988, p. 255). De tels voyageurs de l’espace-temps pourraient accomplir les prodiges attribués aux « ufonautes » et ils pourraient également se manifester à travers les différentes périodes de notre histoire. Nous avons là affaire à une variante améliorée de l’HET, dans laquelle nos visiteurs pourraient venir de n’importe où et de n’importe quand ; ils pourraient même être originaires de la Terre [Les arguments pour une approche multidimensionnelle de l'histoire naturelle du phénomène ovni ont été développés par l'auteur dans le livre Autres Dimensions, Robert Laffont, Paris, novembre 1989]. J’ai développé des arguments à l’appui de cette hypothèse dans mon ouvrage intitulé Autres Dimensions, dont l’édition originale (américaine) date de 1988.

Conclusion

Quel que puisse être l’attrait de l’HET, nous venons de voir que l’état actuel de nos connaissances sur les ovnis s’accorde mal avec cette hypothèse au sens où on la conçoit généralement. Les données acquises contredisent également l’idée selon laquelle le phénomène pourrait être expliqué en termes d’effets naturels ou de nature psychosociologique. Il semble donc judicieux de poursuivre les recherches en explorant d’autres hypothèses, telles que celles qui mettent en jeu des systèmes de contrôle (qu’ils soient naturels ou artificiels), les lumières sismiques, ou encore les possibilités de « voyage par les trous de ver ».

Les arguments présentés ici ne visent pas à constituer une réfutation complète de l’HET, ni de l’hypothèse des phénomènes naturels. Tant que la nature et l’origine du phénomène ovni n’auront pas été clairement établies, on pourra toujours imaginer que des facteurs de provenance extraterrestre, y compris des formes de conscience encore inconnues, puissent jouer un rôle dans ces manifestations. Mais toute théorie future devra, pour être constructive, apporter des réponses aux objections que nous venons de voir. Au minimum, l’idée d’une intervention extraterrestre doit être remise à jour, en tenant compte des actuelles spéculations théoriques sur de nouveaux modèles de l’espace physique. »" »

Jacques Vallée

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